Sources : Le Texte de Base des Amis de la Terre (1977)

Alexis Vrignon, historien, Université d’Orléans.


Le « texte de base » des Amis de la Terre est rédigé au cours de l’année 1977 dans un moment charnière pour l’écologisme français. Sur le terrain, la contestation antinucléaire bat son plein mais vient de connaître un coup d’arrêt brutal lors de la manifestation de Malville où, le 31 juillet, Vital Michalon, un manifestant, trouve la mort. Dans les urnes, les listes écologistes ont enregistré des succès d’estime aux municipales de mars (10 % à Paris, 19 % à Chambéry et jusqu’à 29 % à Forcalquier).

A cette période, cela fait près d’une décennie que la politisation des enjeux environnementaux, la technocritique ou encore l’affirmation de nouvelles questions militantes ont été la matrice, en Europe de l’ouest comme en Amérique du Nord, de l’écologisme. C’est dans ce bouillonnement – cette « fusion originelle » – que ce texte, fruit d’échanges parfois vifs entre groupes locaux des Amis de la Terre, essaie de formuler une proposition cohérente cherchant à définir la place du mouvement dans l’espace des mouvements sociaux, ses objectifs et son organisation. Rappelons qu’à cette période il n’existe pas de parti écologiste en France et que le modèle des grandes ONG ne s’est pas encore imposé : l’écologisme français est alors constitué d’une multitude de groupes locaux. Sur les quelques 600 recensés alors, environ 130 appartiennent aux Amis de la Terre, ce qui en fait un acteur incontournable – bien que contesté – de cette nébuleuse d’autant plus que le groupe de Paris, emmené par Brice Lalonde, se montre particulièrement actif sur le terrain comme dans les médias. Dans ce contexte instable, fait de coopération et de concurrence, proposer un texte théorique à portée générale, c’est aussi tenter de s’imposer dans le champ.

Ces quelques lignes de présentation n’ont d’autre intention que d’esquisser quelques pistes autour d’un texte long et riche qui, tout en étant enraciné dans les enjeux de son temps, formule une proposition plus générale quant aux rapports possibles de l’écologie politique à la gauche.

A la lecture de ce « texte de base », on peut être frappé par la teneur des orientations et des propositions concrètes qui sont avancées, et par le fait que le programme est très différent d’une simple « protection de la nature ». Du recyclage à l’aide à la reconversion des travailleurs, nombre d’entre elles sont entrées dans les politiques publiques ou, du moins, font partie de l’horizon d’un programme de rupture graduel dont les premières étapes seraient mises en œuvre dans le cadre des institutions existantes. C’est le propre d’une approche réformiste-révolutionnaire qui envisage la possibilité d’un progrès à l’avenir et dont l’ambition est définie par le modèle de société qui sous-tend les réformes à venir.

Influencés en cela par André Gorz, Ivan Illich et Serge Moscovici, sensibles, plus largement à un air du temps idéologique, les Amis de la Terre envisagent une société autogestionnaire, privilégiant l’autonomie des individus et des communautés choisies pour définir les contours d’une société écologique viable sur le long terme ; c’est d’ailleurs ce point qu’Alain Lipietz met en avant dans l’entretien qu’il donne à Bifurcation/s1. On retrouve aussi le tiers-mondisme, qu’on appelle aujourd’hui le post- ou décolonialisme (Robert Jaulin2), ainsi que l’antiracisme.

Remise sur le devant de la scène intellectuelle et médiatique par la crise des Gilets jaunes, la question des liens entre justice sociale et transformation écologique de la société est présente de manière plus importante dans le texte qu’on aurait pu le croire dans des années soixante-dix promptes à caricaturer les écologistes en amoureux des fleurs et des oiseaux ou en petits-bourgeois détachés des contraintes matérielles. Ce texte de base montre que les choses sont plus complexes. D’un côté, les inégalités économiques alimentées par le productivisme sont condamnées, tout comme une vision de l’écologisme comme gestion de la pénurie, ce qu’envisageaient certains courants dans les débats sur la croissance zéro, au profit d’une réflexion sur les besoins et la dimension qualitative des revendications sociales, sous l’inspiration d’André Gorz, se veut plus révolutionnaire qu’elle ne l’a parfois été présentée.

D’un autre côté, ce texte atteste de la complexité des relations des relations entre les organisations issues du mouvement ouvrier et la nébuleuse écologiste.L’approche en termes de classe sociale est tout juste évoquée et les rédacteur.trice.s du texte sont bien obligés de convenir que les convergences avec les organisations syndicales sont encore balbutiantes : la critique du travail, de la centralité ouvrière et du nucléaire demeurent des points de discussion, voire de tension, importantes.

Aujourd’hui qualifiée de « composition » dans le sillage des Soulèvements de la terre, l’aspiration au décloisonnement social et militant est cependant indéniable et pourrait être la marque, dans les années 1970 comme actuellement, des périodes de forte contestation politique, sociale et culturelle.

Texte de Base des Amis de la Terre

Le courant écologique : historique

La fusion originelle (1970-1977) – Le courant écologique est né de la convergence de différents mouvements : des groupes ad hoc (vie et hygiène naturelles, agrobiologie, lutte contre les rayonnements ionisants ou les vaccinations, etc.), des militants issus de milieux révolutionnaires (Mai 68 et autres), des associations de défense de l’environnement, des féministes, des mouvements de contre-culture, des travailleurs inquiets, critiques et conscients de leurs responsabilités (scientifiques, ouvriers, paysans, juristes, journalistes, enseignants, etc.), d’ « inorganisés » qui répugnaient à militer dans des mouvements sectaires, et enfin des personnes directement touchées par la dégradation de la qualité de leur vie (dans les domaines de l’environnement, du travail, de la santé, des libertés, etc.).

La situation actuelle : une nouvelle convergence – Le développement actuel du courant écologique et son impact aux élections témoignent d’une convergence entre la théorie, les objectifs, les actions proposées par les écologistes, et d’autres mouvements sociaux existants. Cette convergence, qui s’organise en particulier dans la lutte antinucléaire, s’exprime dans l’affirmation de l’autonomie politique du courant écologique vis-à-vis des théories et des organisations politiques existantes. Elle réunit actuellement, outre les groupes écologiques proprement dits et leur mouvance, des mouvements régionaux qui ne tendent pas à la création de nouveaux États-nations, des associations de consommateurs et de citoyens, des non-violents, des féministes, etc., bref des courants non institutionnels ni définis par une activité productive. Elle atteint des producteurs menacés : agriculteurs, pêcheurs, artisans, travailleurs de l’atome, de la chimie, de l’amiante…. Elle s’amorce avec des syndicalistes.

Le rôle des écologistes est de consolider cette convergence dans une optique écologique, en mettant l’accent sur la critique des modèles économiques et politiques classiques et sur la proposition d’alternatives.

L’autonomie des écologistes

L’originalité du courant écologique se reconnaît non seulement à l’ampleur et à la variété de sa mouvance mais aussi à ses capacités à se distinguer des formations politiques traditionnelles, à englober dans sa critique l’ensemble des éléments moteurs de la société (production, énergie, lutte des classes, sciences, techniques, etc.). L’écologie, qui synthétise entre autres les données fondamentales de chacune des autres sciences (physique, chimie, biologie…), est aujourd’hui un outil original et efficace de compréhension, donc de transformation, du monde. Dans cette optique, il nous appartient d’approfondir les analyses des causes de la situation écologique de la planète et de faire prendre en compte, sans totalitarisme, ces données (limites, contraintes, seuils…) dans les activités économiques et les formes d’organisation des sociétés. Ici il est nécessaire de ne pas séparer l’équilibre des écosystèmes de l’équilibre des êtres humains.

Fécondité du projet écologique – Protéger l’activité biologique et la stabilité des écosystèmes remet en cause tout le fonctionnement de l’économie. Les écosystèmes produisent de la matière vivante et cette production est soumise à des contraintes et à des limites. La stabilité et la flexibilité des écosystèmes, leur capacité à répondre à des modifications des contraintes extérieures sont fonction de leur complexité, de la diversité des êtres qui les composent et de leurs relations mutuelles.

Quant à la définition par les êtres humains de leurs besoins fondamentaux, les écologistes y incluent la création, la sexualité, l’appartenance à un lieu et à des communautés sociales.

Cela a d’importantes conséquences politiques. La recherche d’équilibre implique aussi l’équilibre dans les rôles – c’est-à-dire une société d’autonomie responsable, sans hiérarchie -, ainsi qu’une contestation radicale des outils et de l’État, car les équilibres et les besoins ne peuvent pas être définis par certains pour les autres, et encore moins par des décideurs lointains.

La diversité implique le respect de toutes les différences (âge, sexe, race, culture, opinions…), de toutes les minorités, et la valorisation de ce qui est qualitatif : liberté, tendresse, plaisir, échange…

Cette référence à l’écologie n’est pas un credo scientiste mais un choix. Cela dit, nous refusons les pseudo-solutions autoritaires aux problèmes écologiques (éco-fascisme ou éco-technocratie), qui imposeraient la pénurie par la contrainte.

L’autonomie politique des écologistes – Le courant écologique est politique en ce qu’il propose un nouveau mode d’organisation de la société, fondé sur l’autogestion des individus et des cellules sociales. Pour nous, une société est autogérée lorsque les besoins sont définis et les décisions prises par ceux qui sont concernés (producteurs, consommateurs…). Chaque individu, chaque groupe est responsable de ce qui le concerne, dans le respect des autres et de l’environnement. C’est une société égalitaire où les hiérarchies sont remplacées par des complémentarités et où l’exécution des projets est coordonnée par des organismes temporaires, propres à chacun de ces projets, et démocratiquement désignés.

Le courant écologique est contestataire en ce qu’il remet fondamentalement en cause le fonctionnement actuel de la société (productivisme, capitalisme) et qu’il se distingue des partis traditionnels de la droite, du centre et de la gauche sur des points essentiels :

  • mise en cause du but productiviste de la vie économique, fondement d’une société industrielle centralisée et donc oppressive, dont la gestion peut d’ailleurs être menée avec des moyens différents et avec plus ou moins de justice par chacun des camps traditionnels.
  • Notre opposition à une croissance quantitative, qui s’identifie à celle du produit national brut (c’est-à-dire à la tendance à reproduire le capital en l’élargissant), qui ne distingue pas l’utile du nuisible et qui est génératrice d’inégalités, quels que soient les détenteurs ou les gestionnaires du capital
  • notre conception du pouvoir (autogestion, refus de l’État centralisé et du monopole de la représentation), qui implique que nous ne formions pas un nouveau parti, préférant, pour certaines actions (les élections n’étant qu’un exemple parmi d’autres), participer à des coordinations temporaires à buts définis.
  • Notre opposition à la société technocratique et, en particulier, au nucléaire.
  • Notre choix d’une société non hiérarchisée
  • Notre mise en avant de revendications qualitatives.

A cause de la profonde originalité de leurs conceptions, les écologistes refusent le simple rôle d’arbitres entre les partis traditionnels. Mais ils ne sont pas « apolitiques », c’est-à-dire absents des conflits qui opposent les classes et les groupes sociaux sur les questions bien réelles des inégalités dans la production, la consommation, la décision. Ils sont partie prenante de toutes les actions visant à une plus grande justice sociale. En développement leurs analyses pour répondre à ces questions, ils donnent à la population l’occasion d’exprimer son opinion motivée sur les actes – y compris électoraux – des forces traditionnelles, et de reprendre ainsi en main sa propre vie. Si, hostiles aux vains oscillations entre la « loi du profit » et la « loi de l’État », nous refusons d’attitude centriste, ce n’est pas pour adopter celle d’aiguillon de la gauche.

Un impératif : l’ouverture – Le courant écologique est désormais en mesure d’exercer une influence profonde sur l’opinion publique et sur les décisions. Nous devons donc éviter, par notre diversité, le dogmatisme, le sectarisme, l’irresponsabilité, la fuite et les tactiques uniformes. Nous devons organiser des alliances sur nos objectifs en recherchant les convergences. Nous cherchons à démontrer par l’exemple qu’il est possible de vivre autrement, de ne pas trahir nos objectifs même s’ils impliquent des étapes, et de conserver un mode militant ouvert, diversifié, libertaire et confiant.

Système d’organisation

Les Amis de la Terre sont un réseau de groupes autonomes liés par des objectifs communs et des pratiques voisines.

Ils conjuguent leurs expériences, informations, relations et moyens. Les décisions d’ordre national, régional et local sont prises en commun après amples informations et discussions, donc par des gens actifs, où tendances et courants d’idées ne bloquent pas la réflexion. Ils n’engagent que des actions qu’ils peuvent mener à court terme. Ils préfèrent la discussion en petits groupes aux discours d’assemblée, les propositions concrètes au volontarisme abstrait. Ils cherchent à combiner la rigueur scientifique, politique et même morale (= faire ce qu’on dit) avec les nécessités de l’actions militante. Ils n’excluent pas la souplesse tactique à condition qu’elle soit l’objet d’un contrôle collectif.

L’expression des opinions personnelles ou minoritaires – présentées en tant que telles – y est retenue, discutée et garantie par les statuts. Les groupes veillent à l’égalité entre les sexes et les âges, à la liaison entre travaux militants manuels et intellectuels, à la circulation de l’information et à la transparence des procédures de décision.

Le programme – Le courant écologique est plus connu par les symptômes de la crise qu’il dénonce – pollutions, risques nucléaires, mauvaises conditions de vie… -, voire par les principes qui le guident, que par les solutions concrètes qu’il avance. Cependant les textes de la campagne de René Dumont aux élections présidentielles de 1974, puis la « Charte de Saint Omer » sur le plan municipal, ont commencé à esquisser de telles solutions. Comme troisième pas, voici une énumération de mesures rapidement applicables au plan national avec la participation de la population. Cette énumération est très loin d’apporter des réponses définitives à toutes les questions qu’on peut et qu’on doit se poser ; d’abord parce que nous sommes un mouvement jeune et varié qui ne peut avoir réponse à tout ; ensuite et surtout parce que l’État doit abandonner un bon nombre de ses pouvoirs aux régions, aux départements, aux communes, aux individus et à leurs associations volontaires et laisser se créer dans le tissu social des vides où pourront s’épanouir les initiatives novatrices.

1) Produire mieux – Le produit national français, qui dépasse actuellement 30 000 F par personne et par an, est très inégalement réparti et inclut beaucoup de productions nuisibles ou inutiles. Il n’est donc pas vrai que, pour satisfaire les besoins de tous, il faille beaucoup accroître la production globale. Nous pouvons vivre mieux et travailler moins, à condition de produire et de répartir autrement : au sein de communautés humaines décentralisées, selon les besoins de celles-ci et au rythme décidé par les travailleurs. Dans l’immédiat, nous proposons :

  • Entamer la transition vers une société fondée sur des énergies renouvelables et des systèmes énergétiques doux ; cela implique en particulier l’arrêt du programme nucléaire et le déclassement progressif des installations existantes.
  • Sur le plan des transports, priorité sera donnée aux piétons, aux cyclistes, au rail et aux transports collectifs urbains ; réouverture des voies ferrées fermées au trafic ; arrêt de la construction d’aéroports et d’autoroutes (sauf lorsque le bétonnage est déjà fait ou s’il s’agit de connecter des tronçons éloignés de peu de kilomètres) ; limitation de la vitesse automobile ; transfert du trafic de marchandises des camions vers le rail et les canaux existants ; arrêt de la construction de Concorde et des canaux à grand gabarit (Rhin-Rhône, etc.) ; les Chartes adoptées par les Conventions Nationales des usagers des transports fournissent un projet plus détaillé ;
  • Ralentissement de la course au commerce extérieur, qui consiste en bonne partie en l’échange et produits identiques entre nations industrielles ; nous ne proposons pas de supprimer tout échange mais d’aboutir progressivement à ce que toute communauté de la taille d’un canton produise au moins la moitié de ce qu’elle consomme ;
  • Développement du recyclage, du compost et du secteur de l’entretien et de la réparation ;
  • Privilégier les processus industriels peu polluants, dont les déchets sont directement transformés en ressources. Les installations polluantes existantes seront, soit fermées, soit soumises à des normes de rejets plus sévères et appliquées strictement ;
  • Abandon des grands projets d’urbanisation, d’aménagement et de bétonnage. Décloisonnement des zones d’activité (habitat, production, loisirs, culture…) ;
  • Développement d’une agriculture et d’une politique forestière moins énergivores et plus respectueuses des cycles naturels ;
  • Le pays se retire de la course à la production des armements ;
  • Pour tout problème d’équipement, priorité sera donnée aux solutions les moins irréversibles.

2) Travailler moins et mieux – Toutes ces mesures auront des répercussions sur l’emploi et l’on peut prévoir que, globalement, elles diminueront la somme de travail nécessaire. Dans l’immédiat nous proposons :

  • la diminution du temps de travail pour tous, en particulier la semaine de 30 h.
  • l’aide à la reconversion des travailleurs, de préférence sur place.
  • La garantie des ressources pendant les transitions individuelles.

Plus généralement, nous critiquons le « culture du travail » qui aboutit actuellement à un gaspillage du travail humain et à un système de production qui perd toute signification et se développe de façon totalitaire, indépendamment des besoins exprimés. Il faudrait au contraire diminuer la part du travail « lié » (travail pénible, ennuyeux et répétitif qui n’a d’autre intérêt que de procurer un salaire) et développer celle du travail « libre » (celui qui fait appel à la créativité et à l’intérêt du travailleur, ou dont il est à même de contrôler le résultat). Ce travail doit avoir lieu dans des unités de production autogérées, de taille aussi petite que possible, et avec rotation des tâches.

Suppression progressive des modes de travail contraires aux rythmes biologiques (travail de nuit, travail posté).

3) Consommer mieux – Les biens produits doivent être sans danger, durables, utiles et beaux. Leur emploi doit être satisfaisant pour les utilisateurs et non polluant pour la nature. Ils doivent être faciles à réparer et à recycler. Aucun produit ne sera fabriqué sans qu’on connaisse les moyens de les neutraliser. Aucun équipement ne sera construit sans que l’on ait prévu comment le démanteler et réutiliser ses composants lorsqu’il sera hors d’usage.

Les services essentiels (transports collectifs, téléphone, moyens culturels légers…), la communication, la création et la circulation de l’information seront favorisés. Les biens et les services qui ne peuvent être accessibles à tous (aviation, marine…) cesseront de recevoir l’aide des institutions publiques.

Pour aider la population à sortir du cycle infernal « consommation-production », les dettes des particuliers portant sur des objets utilitaires seront abolies.

4) Protéger la vie – Les mesures précédentes contribueront grandement à la protection de la vie et des ressources naturelles. Ajoutons-y :

  • Protection des espèces en voie de disparition ;
  • Atténuation progressive de la coupure entre agglomérations inhumaines et campagnes dépeuplées par l’insertion d’activité artisanales et agricoles dans les villes, par le développement des communications culturelles en milieu rural et par des jumelages entre villages et quartiers urbains ;
  • Les rues des villes doivent être rendues aux enfants, aux vieux, aux piétons, aux cyclistes, aux arbres ; ouverture d’ateliers et de locaux collectifs favorisant la vie de quartier ou de village ;
  • Politique de la santé s’attaquant aux causes des maladies (conditions de travail, de logement, de transports, pollutions, alimentation malsaine…), à leur prévention et tendant à la prise en charge par chacun de son corps ;
  • Les buts principaux de l’éducation sont de permettre d’être autonomes, de développer l’esprit critique, de contribuer à l’épanouissement et à l’équilibre de chacun, et d’apprendre à protéger la vie. Elle doit sortir du ghetto de ces outils trop lourds et contraignants que sont les écoles et les universités, du cloisonnement par la sélection, de l’élitisme et de la culture abstraite. Chacun, quel que soit son page, doit être à la fois éducateur et éduqué.

5) Vivre libres – Dans le domaine des institutions publiques, l’État sera progressivement dessaisi de ses pouvoirs. Chaque décision doit être prise aux niveaux les plus proches des citoyens, l’avis des principaux intéressés étant prépondérant. Dès qu’elle dépassent une certaine taille, les entreprises seront démantelées et éventuellement reconverties.

On laissera s’épanouir la diversité des régions, des populations et des cultures, en favorisant la décentralisation de l’habitat, de l’économie et des décisions. La population prendra en charge ses services collectifs.

L’égalité est à l’opposé de l’uniformité : c’est l’acceptation enthousiaste de la diversité. Aucune minorité (qu’elle soit régionale, raciale, culturelle, sexuelle…) ne sera brimée. Dans l’immédiat :

  • Suppression totale des fichiers informatiques et assimilés.
  • Abolition de toute censure.
  • Dans beaucoup de cas concrets concernant les libertés individuelles (justice, police, passeports, règlements divers…), la France adoptera au moins les pratiques les moins contraignantes existant dans les pays analogues au nôtre.

6) Promouvoir la solidarité mondiale – La France cessera de piller le tiers monde par la pratique de l’échange inégal, d’exploiter sa main-d’œuvre (en particulier par le canal des multinationales), d’y exporter des pollutions et de le pousser vers un modèle de développement qui est en train de faire faillite. Elle se tiendra à la disposition des pays du tiers monde qui cherchent à compter sur leurs propres forces et à satisfaire en priorité les besoins élémentaires (en particulier alimentaires) de la totalité de leurs populations.

Elle adoptera une véritable politique de paix. Elle renoncera aux armes nucléaires, chimiques, biologiques et elle s’orientera vers des méthodes de défense populaire où la non-violence jouera un rôle important.

Elle occupera sa place à la Conférence de Genève sur le désarmement, signera le traité de non-prolifération nucléaire, et cessera d’exporter des installations nucléaires et des armes.

Nos objectifs doivent être diffusés, discutés et développés. Ils ne sont pas figés dans un « Programme » à réactualiser, mais ils s’enrichissent au fur et à mesure que nos idées font leur chemin.

1Voir article dans ce numéro.

2Robert Jaulin (1928-1996), ethnologue français, compagnon de route de Serge Moscovici, spécialiste des Saras au Tchad et des Baris entre le Vénézuela et la Colombie, théorise les concepts « d’ethnocide » et de « paix blanche ».