Le socialisme et l’écologie : questions de paradigmes
Serge Audier, professeur de philosophie contemporaine et membre du CRHI à l’Université Côte d’Azur.
Introduction
A partir des années 1970, au sein de l’écologie politique naissante, commence à émerger une approche bientôt nommée « écosocialiste », en particulier par quelques Grünen très minoritaires. Le thème est encore davantage balbutiant et minoritaire en France, mais c’est des pionniers de l’écologie politique s’il en est, l’agronome René Dumont, qui signe en 1977 un essai dont le titre équivaut à une profession de foi : Seule une écologie socialiste…Au vrai, l’ouvrage n’est guère prolixe sur les fondements historiques, théoriques et programmatiques de ce nouveau modèle qui voudrait combiner le meilleur du socialisme et de l’écologie. Il est toutefois précisé que « l’écologie socialiste » appelée à abolir le pillage du Tiers-monde et à dépasser le capitalisme, ira « beaucoup plus loin que tous les programmes communs de la droite et même de la gauche », dans la mesure où elle exige aussi une révolution culturelle nous obligeant « à être plus et non à avoir plus »1 Et de préciser que, contre l’autoritarisme technocratique, « l’évolution écologique pourrait être libertaire, autogestionnaire à la base, pour arracher la domination de quelques-uns sur la grande masse et sur la nature »2. Quand il s’agit d’exhumer des anticipations historiques de cette écologie socialiste, Dumont ne mobilise toutefois pas le legs anarchiste, ni même des expériences ou doctrines socialistes : il préfère mentionner notamment le New Deal de Roosevelt et son Service de conservation du sol.
Tout se passe alors comme si l’histoire doctrinale et réelle du socialisme ne contenait aucun élément proto-écologique, aucun « ancêtre » même lointain de l’écologie politique. Une des seules exceptions est la référence à quelques analyses de Marx, alors exhumées en Russie, en Italie ou en Allemagne, bien avant la nébuleuse académique anglophone aujourd’hui célèbre. Encore dans les années 1990, quand l’effondrement du Mur de Berlin suscite des renouveaux idéologiques à gauche, le socialisme apparaît à beaucoup comme une tradition totalement antiécologique, à l’exception là encore de la mouvance éco-marxiste internationale. Mais le marxisme est alors en déclin. Emblématique est alors la position du sociologue Anthony Giddens, connu pour avoir théorisé la « troisième voie » de Tony Blair. Très éloigné de l’écologie politique, mais sensible à ses thématiques, Giddens prône une sortie du socialisme classique et donc du clivage entre la droite et la gauche, en suggérant au passage que le défi écologique rend inopérantes les vieilles catégories progressistes et technophiles du Parti travailliste3. Pour ce spécialiste des fondateurs de la sociologie qui ont tous traité du « socialisme », cette tradition de la gauche est inadaptée au défi écologique, étant inséparable de la croyance dans le progrès industriel. De même juge-t-il dépassée la macro-économie keynésienne, qui relèverait d’une « modernité simple » alors que nous serions entrés dans une « modernité réflexive ». Un diagnostic qui s’appuie sur les catégories de son proche collègue Ulrich Beck, dont La Société du risque soulignait dès 1986, après Tchernobyl, le statut périmé des catégories de la sociologie et de la modernité industrielle. Ce que confirmera la présentation de l’ouvrage par Bruno Latour, lui aussi interlocuteur de Beck : la première « modernisation industrielle », celle dont traite Marx, n’aurait rien à voir avec notre « modernité réflexive » à l’ère du risque écologique4. Toute la sociologie serait en ce sens à réinventer – et, bien sûr, le « vieux » socialisme serait obsolète.
Encore aujourd’hui, notamment dans le sillage de Beck et de Latour, la partie la plus visible de la pensée écologique française postule que les « Modernes » en général, et les socialistes en particulier, ont vécu sur le dogme d’une coupure radicale entre culture et nature, entre passé et présent, et donc sur l’indifférence mortifère au « vivant »5. Il se pourrait cependant que le bilan du socialisme en matière écologique soit plus complexe que ne l’imagine cette approche dominante. Notre propos n’est pas ici de refaire la démonstration documentée de la présence d’éléments proto-écologiques dans le socialisme6, mais plutôt de réfléchir aux paradigmes capables de jeter un éclairage sur cette question difficile. Car, au risque de frustrer certaines pulsions qui travaillent les sciences sociales, il faut reconnaître qu’aucune formule simple ne permet de déchiffrer cet enjeu : le socialisme est d’emblée divisé en tendances contradictoires, souvent antagonistes, tant dans son rapport à la « nature » que dans sa conception de la société, partagée entre tendances libertaires et autoritaires. Ces deux axes d’analyse ne préjugent pas toutefois non plus entièrement de leur articulation : ainsi, la tendance libertaire a été certes plus préoccupée des enjeux écologiques que la tendance autoritaire, mais pas toujours. Une chose est sûre : tout comme dans l’œuvre de Marx, et même bien davantage, on peut rétrospectivement repérer dans le socialisme des tendances productivistes écocidaires et des tendances proto-écologiques, qui souvent se combinent. Plus précisément, on mettra à l’épreuve ici l’opposition entre deux paradigmes : le socialisme comme projet de domination de la nature et le socialisme comme réaction d’autodéfense de la société et de la nature. Une fois examinées la validité, les limites et la complémentarité des deux approches, on se penchera sur une conceptualisation plus normative du socialisme, centrée sur l’accomplissement des valeurs de liberté, d’égalité et de solidarité.
Le socialisme, un projet de domination de la société et de la nature ?
Que le socialisme soit indissociable du projet de domination et d’exploitation de la nature est une idée ancienne. Rappelons la plus célèbre définition du socialisme, qui vient du fondateur de la sociologie française, Durkheim : « On appelle socialiste toute doctrine qui réclame le rattachement de toutes les fonctions économiques, ou de certaines d’entre elles qui sont actuellement diffuses, aux centres directeurs et conscients de la société »7. Héritier de la tradition positiviste, Durkheim insiste sur le projet d’exploitation du globe formulé par le Comte de Saint Simon et ses disciples saint-simoniens. Ainsi distingue-t-il le « socialisme » industriel, à ses yeux fécond, du communisme utopique du XVIIIe siècle, genre quasi littéraire rêvant d’îlots égalitaires et communautaires de bonheur partagé, dans le sillage de l’Utopie frugale de Thomas More. Ce faisant était tracée une coupure rituelle, mais trop tranchée, entre les utopies souvent agraires des Lumières et les programmes réformateurs ou révolutionnaires de l’âge des usines. Revenir sur ces continuités et discontinuités pourrait pourtant aider à saisir comment un républicanisme social et austéritaire a continué de marquer certains courants du socialisme, mais pas tous8 ; comme aussi le mythe de « l’âge d’or » a pu orienter le socialisme tantôt vers l’avenir, tantôt vers le passé9.
Surtout, la définition durkheimienne ne rend pas compte des ambivalences et des contradictions du mouvement socialiste naissant vis-à-vis de la modernisation industrielle. Pour ce motif notamment, plus opératoire est l’approche ultérieure de l’historien libéral Elie Halévy dans son cours posthume sur le « socialisme européen ». Certes, lui aussi distingue le socialisme industriel des utopies égalitaires et parfois primitivistes du XVIIIe siècle, mais il élargit le prisme en intégrant dans le « socialisme » des approches très différentes. Selon lui, sont socialistes les doctrines qui « supposent toutes qu’il est possible de remplacer la libre initiative des individus par l’action concertée de la collectivité, tant pour la production que pour la répartition des richesses »10. Cette définition est précédée du constat que ces doctrines et mouvements « constituent une réaction contre les abus et les excès de l’industrialisme livré à lui-même »11. Or, ces « réactions » sont diverses : il y a les « pessimistes » et les « optimistes », les thuriféraires de la concentration industrielle et leurs contempteurs, les apôtres de la modernisation et les critiques plus ou moins romantiques de celle-ci, les technophiles et les esthètes, les autoritaires et les libertaires. En somme, mieux que Durkheim, ce bilan fait apparaître la complexité de cette « réaction », avec ses dimensions de protection et de programmation, de spontanéité et de volontarisme. Spécialiste de l’Angleterre, Halévy sait bien que le socialisme anglais a été marqué originellement par une critique radicale de l’industrialisme portée notamment par William Morris et le mouvement Art Craft, foyer d’une utopie artisanale et agraire, qui semble renouer avec l’utopie de More.
Toutefois, les mutations du socialisme au XXe siècle, surtout après la césure de l’économie de guerre de 1914-1918, redonneront du poids à la grille interprétative industrialiste faisant du socialisme un programme certes concurrent du capitalisme, mais mû par un objectif partagé : l’exploitation et la maîtrise illimitée de la nature. Dans les années 1940, quand le libéral Friedrich A.Hayek propose une généalogie critique du socialisme, il pointe les tendances « ingénieriques », planificatrices et dans certains cas liberticides de son époque12. Son souci n’est certes pas que le socialisme soit guidé par un projet de domination exponentielle de la nature, tant le capitalisme partage cette ambition, mais qu’il prétende transposer la méthode des ingénieurs à l’économie et au social. Reste que, comme de nombreux historiens du socialisme après Durkheim, de Célestin Bouglé à Gaëtan Pirou, il reconstitue la matrice ingénierique et technocratiques du socialisme, dans le sillage de Saint Simon et des saint-simonien. Or, leur objectif , dès l’Exposition De La Doctrine De Saint-Simon (1828-1830) est bien de substituer à « l’exploitation de l’homme par l’homme » « l’exploitation du globe » par les producteurs associés. Et il n’est pas fortuit qu’un des textes les plus durablement célèbres des histoires socialistes soit la « Parabole » que publie Saint-Simon dans L’Organisateur durant la Restauration : en affirmant, sous le double signe de la production industrielle et de l’organisation, que la France peut se passer de ses dirigeants politiques, juristes ou ecclésiastiques, mais pas de ses producteurs et savants appelés à diriger la collectivité, l’apôtre de l’industrialisme délivre une vision de la société – et inséparablement de sa relation à la nature – qui ne cessera d’être reprise, aussi bien par Friedrich Engels que par Jean Jaurès, quelle que soit la spécificité de leur socialisme.
On pourrait même remonter au projet moderne de Bacon et de Descartes de maîtrise et de domination « rationnelle » de la nature, matrice du programme prométhéen socialiste. Il est vrai que Saint Simon inscrit sa vision dans le sillage du projet de Bacon, apôtre d’une science opérative vouée à exploiter la nature et à dévoiler ses ultimes secrets, pour la prospérité et la santé. Vrai également que, en fondant le Parti social-démocrate, Wilhelm Liebknecht dans son discours de Dresde (1872) met en exergue la formule baconienne, « Savoir c’est pouvoir ! Pouvoir c’est savoir ! ». Ce n’est plus l’utopie agraire More qui commande cette vision, mais celle, technologique et prométhéenne, consignée par Bacon dans La Nouvelle Atlantide. De fait, les programmes et engagements sociaux-démocrates prôneront, au nom du marxisme, l’exploitation par la grande industrie des ressources du globe, jusque dans les colonies, à quelques exceptions près, comme Rosa Luxemburg. Quant à la référence à Descartes et au projet de nous rendre « comme maîtres et possesseurs de la nature », il ne cessera d’être mobilisé par la gauche française, notamment socialiste et communiste.
En outre, par-delà ses visées polémique, la généalogie de Hayek fait bien écho à un contexte des années 1920-1940 marqué par l’avènement en Occident d’un modèle de planification économique, sociale et politique, sur fond de modernisation taylorienne puis fordiste qui devait paradoxalement fasciner tant de socialistes, néo-socialistes et communistes, y compris Gramsci. C’est aussi l’âge des plans quinquennaux et de l’exaltation démiurgique stalinienne de domination illimitée de la nature et de la société. Une exaltation partagée par Trotski, qui rêve de transformer la géographie et le climat du monde. Le temps où Lénine, peu après la Révolution de 1917, avait impulsé, sous l’influence des associations naturalistes13, une politique importante de parcs naturels, est alors largement révolu, bien avant l’avènement du régime stalinien. En ce temps, la critique proto-écologique ne vient plus du socialisme, comme jadis avec Morris et Reclus, mais de milieux critiques de la modernité, depuis Gina Lombro-Ferrero jusqu’aux théoriciens d’une « troisième voie » réunis dans Ordre Nouveau, dont certains seront au début des années 1970 les animateurs de « Survivre et Vivre », pionnier de l’écologie politique.
Si Hayek n’a cure de ce souci écologique, du moins perçoit-il bien la matrice rationaliste-ingénierique-planificatrice de ce socialisme-là, alors hégémonique. Non moins instructifs sont les points aveugles de sa généalogie : ainsi passe-t-il à côté de tout un pan de l’histoire du socialisme, de ses motifs sociaux, moraux et esthétiques, et, inséparablement, de sa relation complexe à la nature. Ce réductionnisme procède du postulat que le socialisme, loin d’exprimer une réaction spontanée de défense des milieux populaires et laborieux dont les modes de vie, de travail et d’habitat social et naturel ont été agressés par le capitalisme, ne serait au fond qu’un programme abstrait inventé par les « intellectuels ». Ce faisant, son réquisitoire libéral fait écran à la pleine compréhension de la naissance du mouvement socialiste et progressiste, de ses aspirations à la solidarité, à «l’association » et à la « coopération », tant en pratique qu’en théorie. Sont ainsi perdus de vue les liens intimes de ce mouvement aux idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité (ou de solidarité), qu’il entend rendre effectifs et compatibles en les réarticulant. Le tableau hayékien occulte la réalité du mouvement ouvrier, des formes concrètes de socialisation, de coopération et de mutualisation dont les premiers théoriciens socialistes – souvent bourgeois, mais pas toujours – entendaient traduire les orientations et les projets. Sa généalogie largement imaginaire du socialisme, rabattu sur la seule logique de domination instrumentale imputée au rationalisme classique, dont la sociologie et le positivisme ne seraient que les rejetons, interdit de saisir comment celui-ci trouve ses sources plus lointaines dans les utopies communistes du XVIIIe siècle et dans certaines visions antiquisantes et parfois primitivistes du républicanisme, depuis Rousseau et Mably. Ou plutôt, en rabattant brièvement ce présocialisme sur le projet postcartésien de reconstruction rationnelle de la société – comme si, d’ailleurs, le socialisme n’avait pas intégré les évolutions multiples de la pensée biologique puis darwinienne14 –, il occulte comment s’y esquisse une critique morale des inégalités, du luxe et du monde urbain. Et même, en particulier chez Rousseau, une dénonciation de la dévastation de la nature par la nouvelle société de travail. Cette « nature » est alors entendue comme ressource et plus encore comme lieu d’une vie authentique, épanouie et belle. Pas davantage saisit-il l’originalité du courant du libéralisme social de John Stuart Mill, c’est-à-dire le grand apôtre de « l’état stationnaire » et d’une relation émancipatrice à la nature.
Surtout, en ciblant la nouvelle religion industrialiste d’exploitation planifiée du globe, il laisse largement de côté les courants présocialistes qui, de Jean de Sismondi et Charles Fourier jusqu’aux critiques pionniers de l’économie politique comme John Ruskin et surtout Morris, en passant par la géographie anarchiste d’Elisée Reclus, ont déployé une critique radicale de la civilisation industrielle en des termes moraux, naturalistes et esthétiques. Car ce n’est pas dans l’industrialisme des saint-simoniens, dont certains sont d’ailleurs devenus ensuite des banquiers et ingénieurs du Second Empire, mais chez ces penseurs souvent attachés au monde agricole, qu’on trouve une critique précoce de la dévastation du climat (Fourier), de la terre et des paysages, ou encore des dangers et des aliénations existentielles propres au machinisme. Que cette sensibilité, orientée vers une réconciliation entre ville et campagne, se soit hybridée, comme dans le fouriérisme, d’un certain progressisme technologique ne change rien à sa spécificité au regard des enjeux écologiques. Or, en réduisant la diffusion du socialisme au symptôme d’une impatience techno-industrielle trompeuse, attisée par des « intellectuels » issus de l’École polytechnique, quant aux progrès productifs de l’économie, Hayek fait oublier que le socialisme était aussi une protestation sociale, morale, vitale et esthétique porteuse d’un autre modèle de société sous-tendu par la coopération et la solidarité, d’une autre vision de la liberté, avec sa dimension sociale, bref d’un autre rapport aux autres – et, plus souvent qu’on ne l’imagine, aux êtres et milieux de la nature – nourri de réciprocité et même de sympathie mutuelle15.
D’un autre côté, parce qu’il oppose un « bon » capitalisme libéral à un « mauvais » socialisme dirigiste, Hayek ne parvient pas à suffisamment questionner les liens, tantôt secrets tantôt assumés, qui unissent les tendances industrialistes dominantes du socialisme et de la gauche au système capitaliste, dans une relation souvent ambiguë de fascination-répulsion – enjeu bien sûr crucial sous l’angle écologique. Pourtant, son analyse du saint-simonisme aurait pu y conduire, en rappelant que Saint Simon, avant d’être l’inspirateur d’une planification autoritaire industrielle, fut un ardent libéral, aux côtés d’autres « industrialistes », défenseurs de la propriété privée et du libre marché, comme Charles Dunoyer. De fait, si la plupart de ces mouvements de gauche se sont voulus ou bien les réformateurs ou bien les fossoyeurs du capitalisme, leur postulat tacite ou explicite – à certaines exceptions majeures près, comme quelques-unes déjà évoquées ou comme le « populisme » russe – supposait que ce régime d’accumulation, aussi détestable soit-il, constituait somme toute, à bien des égards, un progrès à la fois nécessaire et bienfaisant de l’humanité.
Encore ce tableau ne rend-il pas entièrement compte de la complexité du problème en matière écologique. Car le rationalisme planificateur s’est souvent accompagné d’une certaine réflexivité environnementale – non pas chez Saint Simon et bien d’autre proto-socialistes et socialistes, mais pour partie chez Marx et Engels, et même chez Jaurès16. Et, là encore les détestations de Hayek s’avèrent de bons guides : dès les années 1930-1940, une des cibles de sa critique de la planification socialiste était Otto Neurath, pionnier de la planification écologique, qui entendait se passer du système des prix pour calculer « en nature » les besoins sociaux de bien-être et d’environnement sain et stable17. Puis, dans les années 1960, Hayek polémiquera, notamment dans La Constitution de la liberté, contre la tradition progressiste et rooseveltienne de planification régionale et de conservation des ressources. Enfin, dans les années 1970, il attaquera les prévisions et préconisations du Club de Rome, en soupçonnant ses auteurs de reconduire une culture « scientiste » de la planification, aux antipodes des mécanismes « spontanés » du libre marché. Non sans raison, car contrairement à une idée reçue aujourd’hui, qui voudrait que le Club de Rome fût d’inspiration néolibérale, c’est bien cette culture de la « programmation » qui sous-tendait encore sa méthode. Avec toutes les ambiguïtés et ambivalences écologiques de cette culture planificatrice, fondamentalement orientée vers la croissance.
Le socialisme comme autodéfense de la société et de la nature ?
Une autre approche du socialisme consiste à le déchiffrer sous l’angle d’une « réaction » défensive et protectrice face aux assauts du capitalisme. Il faut ici mobiliser la reconstruction élaborée en même temps que Hayek par son adversaire socialiste Karl Polanyi dans La Grande transformation. En effet, ce n’est pas la moindre de ses vertus que de forger des clés, sans non plus le vouloir, capables de déchiffrer la sensibilité pré-écologique d’une frange minoritaire du socialisme, de l’anarchisme et d’expériences communautaires alternatives dont rend compte alors un troisième grand penseur social, Martin Buber18. A bien des égards, Polanyi voit les problèmes de l’insoutenabilité sociale, vitale et environnementale du capitalisme beaucoup mieux que Hayek, prisonnier de son apologie de la productivité du capitalisme. L’objectif de Polanyi croise d’ailleurs celui de La Route de la servitude : comprendre les racines épistémologiques, socio-politiques et psycho-sociales du retournement antilibéral et totalitaire dans ses variantes communiste et surtout fasciste et nazie. Toutefois, là où Hayek incriminait le socialisme et le planisme, donc la répudiation du libéralisme par le « scientisme », Polanyi repère la responsabilité essentielle dans l’imposition de l’utopie libérale de marché autorégulé, qui devait susciter une gigantesque réaction hostile de la société, tantôt positive et démocratique, tantôt catastrophique et liberticide19.
Un petit mot, riche de suggestions au prisme écologique, fait le lien entre La Grande transformation et La route de la servitude : « spontané » (spontaneous). Alors que Hayek fait l’éloge des mécanismes spontanés du marché, facteur essentiel de croissance (growth), en déplorant le volontarisme artificiel de la planification qui rêve d’accélérer cette dynamique productive, Polanyi défend une thèse inverse. Selon lui, l’avènement de l’utopie d’un marché autorégulé fut tout sauf spontanée car brutalement imposée par l’État, tandis que les réactions populaires et locales aux agressions sociales, culturelles et naturelles du libre marché furent « spontanées ». Autrement dit, pour Hayek, la « spontanéité » est du côté du libéralisme économique, et la contrainte du côté du socialisme, là où, pour Polanyi, est spontanée la réaction quasi épidermique d’une large part de la société – dont le mouvement ouvrier et le socialisme naissant, mais aussi certaines élites conservatrices – aux assauts d’un libre marché utopique dont les catégories « fictives » ont été imposés aux forceps. Aussi la première vision débouche-t-elle sur une réaffirmation sophistiquée du libéralisme classique, dite « néolibérale » à tort ou à raison20, et la seconde sur la construction d’un socialisme capable de réintégrer ou de réencastrer l’économie dans la société et le monde naturel. Et par « nature », il faut entendre aussi bien les ressources vitales que le monde social et naturel vécu, avec sa charge symbolique d’habitat communautaire auquel les gens sont traditionnellement attachés.
Sans doute est-il abusif d’ériger Polanyi en éco-socialiste. Ce d’autant qu’il ne perçoit vraiment les dégâts environnementaux qu’au prisme de son procès du capitalisme libéral, comme si l’industrialisme socialiste, même en son temps, ne pouvait pas s’avérer également écocidaire. Polanyi croyait que le socialisme, selon sa définition, est la « tendance inhérente » de la « civilisation industrielle » à dépasser le marché autorégulé en le subordonnant aux exigences d’une société démocratique. Certes, son apport éclaire comment la logique de marchandisation du capitalisme et de l’idéologie du libre marché phagocyte la « terre », le « travail » et la monnaie, et donc à toute la « société », dévastant les ressources naturelles, les forêts, les paysages et le monde « naturel » des communautés sociales. Reste que sa critique ne parvient pas à dégager les potentialité à certains égards tout aussi anti-écologiques d’un socialisme orienté vers la « croissance » et l’exploitation illimitée de la nature. Pas davantage parvient-il à repérer dans l’histoire du socialisme une sensibilité écologique avant la lettre, même si sa restitution du socialisme de Robert Owen, célébré pour avoir redécouvert la consistance de la « société », aurait pu indiquer ce chemin. Ou plutôt, c’est dans la mouvance owénienne – mais aussi fouriériste, romantique et anarchiste – que Polanyi aurait pu découvrir des approches proto-socialistes orientées non seulement vers l’harmonie sociale mais aussi vers l’harmonie de la société avec la nature, afin de prévenir ou réparer les lésions du capitalisme21. Du moins, la richesse de La Grande transformation fraye la voie à une investigation de cet ordre, même si son architecture y fait finalement obstacle.
Inversement, en érigeant avant tout Owen en héros du socialisme, Polanyi n’aide pas à déchiffrer comment, dès cette époque, le socialisme était porteur de tendances industrialistes qui, en un sens, recoupaient ou intériorisaient, même partiellement – y compris au nom d’un tout autre modèle de société – celles des apôtres bourgeois et libéraux du capitalisme. On a déjà évoqué toute l’ambivalence du proto-socialisme de Saint Simon, issu d’une sorte d’hybridation entre l’industrialisme libéral et le projet antilibéral d’« organisation », avec pour horizon la domination et l’exploitation du globe par les producteurs associés. D’ailleurs, la manière dont Polanyi reconsidère Owen – ce grand patron philanthropique devenu réformateur social et utopiste – ne permet pas d’élucider non plus ce qui peut apparaître, là aussi rétrospectivement, comme son ambivalence sous l’angle écologique. Il est vrai que, d’un côté, en tant que praticien et théoricien de l’autoprotection de la société, le Owen de maturité veut s’appuyer sur le mouvement ouvrier coopératif, et que sa critique des ravages sociaux et sanitaires de l’industrialisme s’ accompagne de la promotion d’un environnement plus « vert » pour les ouvriers arrachés à leurs campagnes – jardins et vastes parcs font partie de son programme proto-socialiste. Mais, d’ un autre côté, comme héritier assez typique du rationalisme occidental, Owen rêve d’une réorganisation intégrale de la société et d’ une nouvelle civilisation des machines produisant un bien-être exponentiel. En ce sens, Polanyi perçoit peut-être avec moins d’acuité que Hayek la matrice « constructiviste » du socialisme naissant.
Ce d’autant que, en préférant s’attarder sur Owen que sur Marx et Engels – autrement dit, en privilégiant l’étude de ce que ce dernier appelait péjorativement le « socialisme utopique » par opposition au « socialisme scientifique » marxien appelé à lui succéder au temps du capitalisme industriel mature –, l’auteur de La Grande transformation s’interdit en partie de démontrer que, par-delà le geste « spontané » d’autoprotection défensive voire conservatrice du socialisme, s’est bel et bien imposé un geste volontariste et même prométhéen de reconstruction rationnelle de la société et de domination-exploitation de la nature. Et ce, y compris quand il s’est agi de protéger ses « ressources », voire ses bienfaits récréatifs. Il faut certes préciser que, en matière écologique, les ambivalences ou les évolutions de Marx et même d’Engels sont notoires, comme en témoigne l’ample littérature exégétique depuis les années 1970, puisqu’aux grilles de lecture « productivistes » du marxisme se sont souvent substituées des grilles « écologistes », d’ailleurs non moins unilatérales22. On peut d’ailleurs juger anachronique et unilatérales aussi bien la thèse qui érige le dernier Marx en authentique « communiste décroissant » (Kohei Saito) que celle qui en fait le théoricien presque constant d’un développement communiste « vert » (John Bellamy Foster)23. En tout cas, qu’on relise Marx sous l’angle, disons post-saint-simonien, de l’essor des forces productives et de la domination du globe, ou alors – à l’instar de certains éco-marxistes – au prisme de la « fracture métabolique » entre société et nature, ville et campagne, etc., ou bien encore à travers une combinaison des deux approches, un constat s’impose sur le legs le plus puissant et durable du marxisme. A quelques exceptions près de variantes hétérodoxes et agraires, voire des premières années du régime bolchevique, ce legs aura d’abord été prométhéen, et sûrement pas écologiste.
Sur ce volet écologique, les lacunes de l’analyse polanyienne sont surprenantes, quoique logiques en un sens, vu son adhésion à la « civilisation industrielle ». Car ce projet prométhéen de la gauche sous-tend alors, au moment de La Grande transformation, tout un pan du « socialisme », et pas seulement dans sa version écocidaire stalinienne, dont bien des aspects sont alors très éloignés de la réaction owénienne de « protection » face au libre marché. Et bien sûr fort distants aussi de toute visée de protection des ressources et du cadre « naturels ». Le socialisme chrétien et démocratique dont rêve alors Polanyi est alors minoritaire, et peut-être l’a-t-il toujours été. En tout cas, au moment où il prépare La Grande transformation, deux des figures les plus influentes de la Fabian Society et du socialisme anglais, Sidney et Beatrice Webb, communient dans le culte de l’URSS de Staline dont ils admirent la planification autoritaire et la domination technologique croissante sur la société et sur la nature24. Ce socialisme-là ne vise pas la protection de « l’habitat » social et naturel, mais la destruction et reconstruction prométhéennes du monde.
En somme, le socialisme démocratique que prônait Polanyi aura échoué à asseoir son hégémonie, et l’après-guerre ne devait correspondre ni aux vœux ultra-libéraux de La Route de la servitude, ni aux aspirations socialistes de La Grande transformation, c’est-dire celles d’un authentique réencastrement de l ’économie dans la société et dans la nature. Assurément le « laisser-faire » fut-il abandonné dans la phase de croissance exponentielle de l’après 1945, mais pas pour faire renaître un socialisme « auto-protecteur », encore moins un socialisme réintégrant l’économie dans le cadre naturel, et répondant aux réactions « spontanées » d’autodéfense populaire. Bien plutôt, sous nombre d’aspects, a-t-on assisté, avec l’âge fordiste triomphant, à une dépossession des capacité populaires d’autosubsistance et d’autoprotection25. Certes, l’histoire du mouvement ouvrier et du syndicalisme, surtout depuis les années 1970, montre que la préoccupation de l’environnement au sens large fut loin d’être absente26. Reste que la tendance dominante aura été celle de l’intériorisation de l’impératif d’« expansion » de l’industrie et du consumérisme de masse, sur fond de colonialisme et d’échange inégal. Dans l’Occident libéral, c’est à des degrés divers un libéralisme régulé ou néo-keynésien, orienté par le projet de croissance et d’exploitation exponentielle planétaire de la nature27, qui aura prédominé, sous le pilotage de l’État modernisateur ; à l’Est et en Chine, c’est un socialisme planificateur autoritaire et écocidaire qui s’est imposé, aux dépens d’un socialisme démocratique et coopératif, soucieux de protéger le monde vécu, naturel et social. L’hérésie et le mérite inestimable des mouvements écologiques, quelquefois « écosocialistes » en Allemagne, aura consisté à mettre en question ces impasses, parfois suivis par des franges de la gauche autogestionnaire, de la social-démocratie ou du communisme italien28.
De surcroît, contrairement aux anticipations de Polanyi, le libéralisme qu’il avait cru dépassé se sera en partie réinstallé au tournant des années 1970-1980, provoquant là aussi des dégâts considérables sur la « société » – dont Margaret Thatcher affirmera qu’elle n’ « existe pas » –, sur le « travail » et sur la « terre » soumis aux pressions d’une marchandisation croissante, avec le soutien et la bénédiction de son adversaire Hayek, toujours vivant et d’attaque dans la récusation des politiques publiques environnementales. Si le libéralisme régulé ou néo-keynésien de croissance aura contribué massivement à la catastrophe écologique, on peut ajouter que la contre-révolution néolibérale, en déconstruisant certaines des digues publiques dressées contre la marchandisation du « travail » et de la « terre », aura accentué encore la gravité et l’irréversibilité du désastre. Bien sûr, il serait absurde de « reprocher » à Polanyi de ne pas l’avoir anticipé ; du moins ses diagnostics trahissent-ils des points aveugles quant à l’évolution du capitalisme et du socialisme en son temps.
L’articulation oubliée entre émancipation, encastrement et socialisme
Pour approfondir l’examen du lien complexe entre socialisme et écologie, une dernière approche, davantage centrée sur la normativité – autrement dit sur les idéaux juridiques, politiques, sociaux, moraux, voire esthétiques – peut se révéler enfin éclairante : celle qui part de l’ambition largement partagée par tous les socialismes de réaliser pleinement et ensemble les promesses de la modernité révolutionnaire, autrement dit la liberté, l’égalité et la fraternité (ou solidarité). Cette dimension « fraternitaire » du premier socialisme29 est sous-estimée chez Hayek, et, à un moindre degré, chez Polanyi dont la focalisation sur la « protection » peut recéler, malgré ses convictions, des relents conservateurs. Afin de dépasser ces limites, féconde est la proposition récente d’Axel Honneth d’une « actualisation » du socialisme : reprenant sans le dire à Polanyi l’idée de la « liberté sociale », le sociologue allemand souligne en effet que, pour réaliser la devise républicaine, les socialistes rêvaient de communautés solidaires et coopératives, tissées de liens de « sympathie », où chacun trouverait en autrui un partenaire d’une action commune30. Sauf que la reconstruction de Honneth souffre, là encore, d’une grave limite : elle ne conçoit la liberté sociale et solidaire que dans un cadre intersubjectif exclusivement anthropocentré, et n’en propose d’ailleurs aucune actualisation écologique. Or c’est négliger, tout comme jadis Hayek et tant d’autres, la dimension naturaliste d’une partie du socialisme, parfois même son souci explicite de la souffrance animale, et, plus largement, sa reconnaissance des apports de la nature – voire, quelquefois, de l’éminente contribution des êtres vivants au travail social31. Cofondateur s’il en est du socialisme français, Pierre Leroux a également esquissé, avec sa théorie du circulus, une ontologie et un programme fondés sur le recyclage et l’interdépendance cosmique. La solidarité avec la Terre n’est pas une invention si récente, y compris dans le socialisme.
En somme, la reconstruction d’un socialisme proto-écologique montre qu’a pu être plus ou moins conjoint, dès le XIXe siècle, ce qui aura finalement été disjoint : la liberté-égalité-solidarité dans sa dimension sociale, bien sûr, mais aussi pour partie écologique. Aussi importerait-il d’éviter de relire l’histoire de la relation entre socialisme et écologie à l’aune de catégories tardives et hégémoniques du XXe siècle, voire du XXIe siècle, comme si nous avions le privilège de voir ce à quoi nos prédécesseurs auraient été totalement aveugles. Là résiderait peut-être, paradoxalement, le véritable anachronisme. Sur cet enjeu devenu central, une série de catégories et d’oppositions dominantes dans les sciences sociales récentes serait à réviser. Par exemple, contrairement à ce que proposent les reconstructions inspirées de Bruno Latour, les « Modernes » – à supposer qu’il ne s’agisse pas d’un artefact –, parmi lesquels les socialistes, n’ont pas tous et toujours été ces « modernisateurs » qui, ivres de progrès, ont cru avec une arrogance naïve en la « flèche du temps », en un partage absolu entre nature et société et en une émancipation-arrachement, dans l’horizon d’un culte aveugle de la « production » opposée à l’« engendrement ». D’ailleurs, une des références positives de Latour, Charles Péguy, faisait précisément partie de ces socialistes non-modernisateurs. L’analyse du proto-socialisme et du socialisme montre que lesdits « Modernes » n’étaient pas aussi aveugles que Beck, Latour et leurs proches semblent l’imaginer. Mais ces socialistes n’ont pas été non plus toujours porteurs, très loin s’en faut, d’une pleine réflexivité environnementale, même si Beck et Latour avaient sans doute tort de pas en repérer de nombreuses anticipations précoces.
D’autres schémas dominants, en partie solidaires, mériteraient d’être questionnés. Ainsi, contrairement à ce que soutient la sociologie de Luc Boltanski et d’Eve Chiapello, l’opposition entre la « critique sociale », imputé au premier socialisme, et la « critique artiste » appliquée au romantisme et à la contreculture des années 1960-1970, ne rend pas totalement compte non plus de l’articulation précoce, dans le socialisme proto-écologique, entre les deux types de critique du capitalisme32. Pas davantage s’avère pleinement éclairante, en vertu d’une méthodologie voisine, la disjonction opérée par Nancy Fraser entre les pôles du marché, de la protection sociale et de l’émancipation : si cette analyse d’un « triple mouvement » aide à enrichir l’approche de Polanyi – pas assez attentive, on l’a entrevu, au pôle de l’émancipation–, elle ne permet pas non plus de diagnostiquer comment, très tôt, le socialisme a articulé ces dimensions en intégrant, fût-ce encore partiellement, les enjeux de protection de la société, de souci écologique et d’émancipation humaine, y compris féminine. L’idée d’un socialisme soucieux de la reproduction et de l’émancipation que Fraser appelle de ses vœux33 est en réalité loin d’être entièrement nouvelle, depuis au moins le fouriérisme.
Ce sont enfin les stéréotypes sur « la liberté des Modernes » qu’une nouvelle histoire philosophique du socialisme invite à reconsidérer sous l’angle écologique. Car, contrairement à ce qu’ont affirmé William Ophuls et Hans Jonas dès les années 1970 à propos du libéralisme et du socialisme, puis Dipesh Chakrabarty34 et tant d’autres après eux, il n’est pas exact d’affirmer que toute la conception occidentale de la liberté est indexée sur l’abondance et la domination de la nature. Bien sûr, le « productivisme » du socialisme, on a vu comment, est allé dans ce sens, même si l’abondance peut s’entendre de plusieurs manières. Surtout, le socialisme et l’anarchisme ont été aussi porteurs d’une conception de la liberté comme coopération et solidarité avec les autres et avec la nature. Autant dire que nos lointains prédécesseurs de l’éco-socialisme en savaient décidément beaucoup plus que ne le croient certains théoriciens contemporains de l’écologie et du socialisme, qui imaginent disposer du privilège de dénouer les nœuds d’une histoire de l’émancipation ayant jusqu’à présent fait fausse route, dans un aveuglement total sur son propre parcours. Peut-être serait-il important d’en prendre enfin la mesure, non pas pour redevenir humble – même si l’humilité est une vertu socialiste et écologiste ! – mais pour mieux élucider comment la fragile plante d’un socialisme écologique a rencontré tant d’obstacles pour s’épanouir. Des obstacles qui, loin d’avoir été entièrement surmontés, sont peut-être encore devant nous.
1René Dumont, Seule une écologie socialiste…, Paris, Robert Laffont, 1977, p. 285.
2Ibid., p.284.
3Anthony Giddens, Beyond Left and Right. The Future of Radical Politics, Stanford, Stanford University Press, 1994.
4Bruno Latour, Préface à Ulrich Beck, La Société du risque. Sur la voie d’une autre modernité, trad. L. Bernardi, Paris, Flammarion, 2003, p.8.
5Voir notamment Nicolas Truong, Les Penseurs du vivant, Arles, Actes Sud, 2023.
6Serge Audier, La Société écologique et ses ennemis. Pour une histoire alternative de l’émancipation, Paris, La Découverte, 2017 ; L’Âge productiviste. Hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques, Paris, La Découverte, 2019 ; La Cité écologique. Pour un éco-républicanisme, Paris, La Découverte, 2020.
7Émile Durkheim, Le Socialisme., Paris, PUF, 1928, p.25.
8Thomas Bouchet, Les Fruits défendus. Socialisme et sensualité du XIXe siècle à nos jours, Paris, Stock, 2014.
9Georges Minois, L’Âge d’or. Histoire de la poursuite du bonheur, Paris, Fayard, 2009. Sur cette matrice républicaine sociale, voir Giorgio Spini, Le Origini del socialismo. Da Utopia a Bandiera rossa, Turin, Einaudi, 1992 ; Stéphanie Roza, Lumières de la gauche, Paris Éditions de la Sorbonne, 2022.
10Élie Halévy, Histoire du socialisme en Europe [1948], Paris, Gallimard, Paris, Gallimard, 1974, p. 28.
11Ibid., p.66.
12Friedrich A. Hayek, La Route de la servitude [1944], trad. G. Blumberg, Paris PUF, 1985 ; Friedrich A. Hayek, The Counter-Revolution of Science. Studies on the Abuse of Reason, Glencoe, The Free Press , 1952.
13Voir Serge Audier, L’Âge productiviste, Op. cit. Cette influence est occultée dans la reconstruction par Andreas Malm du soi-disant « léninisme vert » (Andreas Malm, La chauve-souris et le capital. Stratégie pour l’urgence chronique, Paris, La Fabrique, 2020).
14Jean-Marc Bernardini, Le darwinisme social en France (1859-1918). Fascination et rejet d’une idéologie, Paris, CNRS, 1997.
15Serge Audier, La Société écologique et ses ennemis, Op. cit.
16Gilles Candar, Jaurès et la vie future, Paris, Fondation Jean Jaurès/L’Aube, 2022.
17Otto Neurath, Wirtschaftsplan und Naturalrechnung, Berlin, E. Laub, 1925 (voir Serge Audier, L’Âge productiviste, Op. cit., p. 434-444).
18Martin Buber, Utopie et socialisme, trad. P. Corset et F. Girard, Paris, Aubier Montaigne, 1977.
19Karl Polanyi, La Grande Transformation. Aux origines politiques et économiques de notre temps [1944] trad. C. Malamoud, préface de L. Dumont, Paris, Gallimard, 1983.
20 Serge Audier, L’Invention du néolibéralisme : histoire, concepts, controverses, 2 vol., Lormont, Les Éditions du Bord de l’eau, 2022 et 2023.
21 Par exemple, John Minter Morgan, The Christian Commonwealth, Londres, Chapman and Hall, 1845.
22Pour une cartographie du courant et des polémiques du courant éco-marxiste, voir Jacopo Nicola Bergamo, Marxismo ed ecologia. Origine e sviluppo di un dibattito globale, Verone, Ombre Corte, 2022.
23Pour un bilan des évolutions et des ambivalences de Marx, je renvoie à Serge Audier, L’Âge productiviste, op.cit. Les virulents débats, en vogue aujourd’hui, entre écosocialistes écomodernistes (Matthew Huber) et écosocialistes décroissants (Kohei Saito) procèdent aussi de lectures opposées de Marx, d’ailleurs toutes très partiales.
24Sidney Webb, Beatrice Webb, Soviet communism. A New Civilisation ? , 2 vol., New York, Scribners, 1936.
25Alain Bihr, Du Grand Soir à «l’alternative». Le mouvement ouvrier européen en crise, Paris, Les Éditions de l’Atelier, 1991.
26Voir notamment Renaud Bécot, « L’invention syndicale de l’environnement dans la France des années 1960 », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n°113, 2012, p.169-178.
27Matthias Schmelzer, The Hegemony of Growth. The OECD and the Making of the Economic Growth Paradigm, Cambridge, Cambridge University Press, 2016.
28Serge Audier, L’Âge productiviste, op.cit.. Même dans la gauche gouvernementale, certaines orientations vertes auraient pu exercer un impact important en France et en Europe sur les enjeux climatiques. Voir Renaud Bécot et Christophe Bonneuil, « Chantiers pour une histoire environnementale des années Mitterrand », 20 & 21. Revue d’histoire , 3, n°159, 2023, p.3-28.
29Andrea Lanza, All’abolizione del proletariato !, Milan, FrancoAngeli, 2010.
30Axel Honneth, L’Idée du socialisme. Un essai d’actualisation, tard. P.Rusch, Paris, Gallimard, 2017.
31Benoît Malon, « Collectivisme et socialisme. Réponse à deux questions », La Revue Socialiste, n°6, 1887, p.345. ;
Charles Gide, « Une classe de travailleurs oubliés », La Revue Socialiste, juillet 1888, p.51-53 (première publication dans L’Émancipation. Journald‘économiepolitiqueetsociale. Organedesassociationsouvrièresetdu Centre régional coopératifdu Midi, 15 janvier 1888, p. 3-4.
32Luc Boltanski et Ève Chiapello, Le Nouvel esprit du capitalisme, Paris, Gallimard, 1999.
33Nancy Fraser, Cosa vuol dire socialismo nel XXI secolo ?, trad. A. Gasperini, Rome, Castelvecchi, 2020.
34Dipesh Chakrabarty, « The Climate of History: Four Theses », Critical Inquiry, 35, n°2, 2009,p. 197-222.