« Les rapports homme-nature sont des rapports de classe »
Entretien avec Luc Foulquier, réalisé par Fabrice Flipo.
Luc Foulquier est ingénieur et chercheur en écologie. Il a constitué en 1963 au CEA un laboratoire de radioécologie des eaux continentales et a terminé sa carrière comme chef du service environnement à l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire. Il fait partie de la commission « sciences et techniques » créée PCF en 1968, puis de la commission « Environnement » créée et placée sous la direction de Pierre Juquin en 1974, qui produit le rapport présenté au comité central de 1976 : « les communistes et le cadre de vie ». Il est l’auteur de Marxisme et environnement, publié en 1973 aux Éditions sociales et édité à 10 000 exemplaires, diffusé en Allemagne de l’Est ou au Japon, traduit en russe, espagnol, portugais et allemand. En 2013, il publie également une note de synthèse sur le Parti Communiste et l’écologie1.
- Tu me disais que tes origines comptent beaucoup dans ton positionnement ?
Oui. Mon père était prolétaire, tandis que ma mère venait de la grande bourgeoisie. Une partie de cette famille était collabo, et s’est retrouvée en prison à la libération. Ils étaient venus se cacher ici à Aix. Cette famille était divisée : ma mère cachait des juifs à Marseille, et les autres les dénonçaient. J’ai toujours gardé en mémoire des choses simples. En particulier, il n’y a que le fric qui compte pour eux. Ils sont parfaits, discrets, intelligents, aimables, tolérants, mais c’est le pouvoir et l’argent qui les guide. Et ils sont très forts. Je retiens un exemple : chaque année, il y avait la réunion de famille, et tout le monde savait qui pensait quoi. Mon oncle avait une immense propriété, parce qu’ils se sont rempli les poches pendant la guerre, près d’Aix, où j’allais faire les vendanges ou chasser. On se retrouve à un repas de famille avec 200 personnes. C’est ce qu’on appelle des grandes familles. Sur le coup de quatre heures de l’après-midi, mon oncle provoque une réunion, qu’il préside. C’était un homme brillant, capable de réciter 2000 vers de mémoire. Dans l’assemblée se trouvait par exemple le jeune successeur de la famille Peugeot. Moi j’étais déjà au Parti Communiste à cette époque, candidat aux législatives en 1979. Mon oncle déclare : Mitterrand va gagner, l’enjeu est désormais d’empêcher le PCF d’entrer au pouvoir. Il se retourne alors vers moi, et il me dit : vous, Luc, Mitterrand vous a tué, vous êtes mort ; mais vous avez encore assez de force pour nous emmerder. Pour mon oncle, l’enjeu principal était d’éviter les nationalisations, notamment de Peugeot. Il déclare alors devant l’assemblée qu’il faut payer la compagne de Mitterrand et celle de Giscard. Et il répartit les tâches : Untel propriétaire d’une raffinerie donnera tant à Giscard etc. Et il dit à mon cousin de la famille Peugeot de s’occuper de Mitterrand, ce qui veut dire par exemple avoir Libération sur son bureau, et tenir des propos qui peuvent être compris comme un soutien. L’objectif, c’était d’évincer les communistes. A l’époque, mon cousin était le bras droit de Bouygues, qui devait aussi soutenir financièrement Mitterrand, d’après ce que j’ai compris sur le moment. A la suite de cette réunion, je fais contacter le secrétariat de George Marchais, et je lui dit de ne pas s’entêter à nationaliser Peugeot parce que c’est vain. Il ne m’a pas cru.
Tout ça pour montrer quoi ? Qu’ils mènent des batailles politiques et qu’ils savent très bien où se positionner pour éviter d’être battus.
Les communistes n’étaient guère plus soutenus par les socialistes, en réalité.
Je n’ai pas l’intention de raconter ma vie. Ce que je veux dire, c’est que je sais pour en avoir été le témoin direct que tout ce qui est réformiste est accepté par la bourgeoisie quand ça la sert. Et quand ça ne sert pas, elle laisse monter l’extrême-droite, et c’est ce qui se produit aujourd’hui. C’est aussi ce qui s’est passé pendant la guerre, puisqu’une partie de la famille de ma mère a rallié Pétain à ce moment-là. Et une autre partie a rejoint De Gaulle. Parce derrière, il y a son argent. C’est très schématique, mais c’est vécu. Même si, comme ce sont des protestants, il y a un grand respect des gens.
- Ce que tu veux dire, c’est que la bourgeoisie sait s’adapter face à des idées qui lui seraient défavorables, telles que les nationalisations ; mais si cela va trop loin, si la menace est trop pressante, alors elle se sert de l’extrême-droite pour détourner l’attention du public vers un bouc-émissaire ?
Oui c’est cela. Et empêcher toute révolution. C’est le Guépard : tout changer pour que rien ne change. Si l’extrême-droite monte actuellement, par exemple, c’est parce que la crise du taux de profit est profonde, assez comparable à 1938-1939. C’est aussi ce qui nous mène aux écologistes. Je pense que la bourgeoisie a eu la même attitude opportuniste avec eux qu’avec Mitterrand. Ils ne s’intéressent pas à l’écologie, ou si peu, par exemple en évitant les pesticides dans l’entretien de leurs grandes propriétés. L’objectif véritable était de peser sur le PCF. Ils avaient vécu l’époque d’un PC à 26 %; d’ailleurs ils en parlent encore aujourd’hui. 7 députés sur 11 étaient communistes, dans les Bouches-du-Rhône, dans les années 1970. Et alors vint le mouvement écolo.
- Il arrangeait la bourgeoisie ?
Ils critiquaient ce mouvement, donc je ne dirais pas que les écologistes les arrangeaient. Mais les écologistes affaiblissaient le PC, en faisant basculer les députés. C’est aussi la raison pour laquelle la bourgeoisie a soutenu Mitterrand. C’est aussi le cas de Jean-Luc Mélenchon. Je le connais bien, j’ai fait une campagne avec lui. Son objectif était aussi de nous tuer, et il a réussi. Et tout ça pour quoi ? Quand on regarde le résultat de tous les ministres écolos, de tous ces députés, ou plutôt « verts » parce que « écolo » ça fait péjoratif, quand tu fais le bilan, il n’y a rien eu de très significatif. Ils n’ont pas marqué comme Ambroise Croizat, avec la sécurité sociale.
- La Loi Voynet sur les territoires ? Les PLU etc. ont changé beaucoup de choses non ?
Oui mais ils n’étaient pas seuls ! Nous avons aussi contribué
- Est-ce que tu crois que les Verts vont se reconnaître dans le portrait que tu fais des Verts ?
Mais moi je ne me reconnais pas dans le portrait qu’ils font de nous ! Tu comprends ? Je regarde ce que font les autres, moi. Dans mes notes, je relève la position des socialistes, de la droite etc. Et puis surtout, les Verts n’étaient pas unitaires, ou alors à la mode Mélenchon : « je suis unitaire mais il faut penser comme moi ». Lors du Programme Commun, le Parti avait travaillé, rédigé Changer de cap. Ça avait pesé, car le rapport de force permettait d’inscrire des choses que le PS ou les Verts ne voulaient pas.
- Qu’est-ce qui vous différencie ?
Nous avons toujours dit que les rapports homme-nature sont des rapports de classe ; que ces rapports, à un moment historique donné, prennent la forme du capitalisme ; et que ce capitalisme détruit les hommes et la nature. Mais le PCF a sous-estimé les enjeux de l’exploitation de la nature, dans le capitalisme, cela, je le reconnais. C’est à partir de là que l’on a dit que le PC était productiviste. Mais il ne l’était pas plus que les autres, à ce moment-là. Ce n’est pas une caractéristique des communistes
Nous pensons aussi que si on n’est pas dans la lutte des classes alors on est réformiste. Ce n’est pas un juron, ça l’a jamais été : c’est un classement politique. Lénine non plus ne traitait pas les sociaux-démocrates de traîtres.
Pourquoi est-on forcément non-réformiste si on est dans la lutte des classes ? Parce qu’on peut aussi se dire que cette lutte est faite de petites victoires, dans les faits, et non de révolution
Parce que la lutte des classes c’est Marx et l’abolition de l’état des choses existantes, c’est faire culbuter le capitalisme. La lutte passe certes par des réformes. Lénine, à Brest-Litovsk, qu’a-t-il dit ? Qu’il fallait se battre pour les réformes. A la Libération, les communistes ont fait des réformes. Mais elles ont marqué l’histoire de France jusqu’à aujourd’hui, à la différence des réformes écologistes. Et la bourgeoisie n’a cessé d’essayer de les faire reculer. Nous vivons actuellement la mise en cause des dernières réformes qui n’ont pas encore été attaquées : la sécurité sociale et la fonction publique. Et pour nous, la sécurité sociale, c’est du communisme.
Mais je pense que le mouvement réformiste, porté en France par le PS et les écologistes, qui pense améliorer les choses sans changer le système, a abouti à ça : la montée du fascisme. C’est mon axe de bataille. Je relisais Nicolas Hulot par exemple : son « ni droite ni gauche », c’est du Macron avant l’heure.
- Il y a un courant centriste en effet, dans l’écologisme
Voilà ! Nicolas Hulot, c’est le modèle. Ca ne veut pas dire que les batailles écologistes ne sont pas positives, et d’ailleurs nous les avons soutenues ; mais elles ne mènent à rien, du point de vue de la révolution. Sinon, on n’en serait pas là
- C’est l’idée du front secondaire : les écologistes ne sont que dans la tactique, ils n’ont pas de stratégie
Oui, on peut l’appeler comme ça en effet.
- Mais la sécurité sociale, ce n’est pas la révolution ?
C’est l’abolition de l’état de choses existant. La réforme permet de gagner des points d’appui à l’intérieur du capitalisme. Mais elle ne s’attaque pas au fond de la question, qui est le rapport capital-travail. De ce fait d’ailleurs le socialisme soviétique n’a jamais été du communisme. Pour ma génération, le communisme n’a jamais existé. Il n’y a que des points d’appui. Qu’on a d’ailleurs perdus
Tout se tient. La bourgeoisie n’a pas réussi à mettre la main sur la banque, mais elle grignote. Elle a foutu en l’air le service public, l’énergie, la santé, pour répondre à sa crise de taux de profit. Et les communistes reculent, et de manière concomitante. Le fascisme arrive. On ne peut pas nier que l’affaiblissement des partis de gauche et en particulier des PC, français, italien, espagnol etc. aboutit à la montée du fascisme. Nous considérons que sans parti révolutionnaire, il n’y a pas d’issue, si ce n’est celle qu’on est en train de vivre.
Qu’est-ce qui fait que la sécurité sociale est un point d’appui ? Son principe ! Tout le monde paie au prorata de ce qu’il gagne, et tout le monde en bénéficie en fonction de ses besoins. C’est communiste, dans le raisonnement. La fonction publique, qui embauchait à vie, est une révolution démocratique phénoménale ! Cela signifie que tu donnes au fonctionnaire sa liberté de penser !
- Oui mais est-ce que le fonctionnaire ne doit pas être au service de la société ? Comment s’en assure-t-on ? C’est la question de la bureaucratie
Un enseignant est au service de la société. Ce qui a été supprimé, dans la Sécu et dans l’enseignement, c’est la gestion par les travailleurs. Mais c’était le plan Langevin-Vallon, à la Libération2.
- Qu’est-ce qui distingue de l’autogestion ?
L’autogestion est un ami, si c’est révolutionnaire. Dans mon cas, cela veut dire que les travailleurs de Cadarache [le centre CEA de Cadarache] pèsent sur les choix et les moyens. Pour nous, c’est un point d’appui pour renverser le capitalisme. Si on s’arrête à l’autogestion au sens de la CFDT, c’est du réformisme. Ces réformes ne sont pas une fin en soi mais des points d’appui, pour renverser le système, c’est-à-dire mettre la main sur les moyens de production, et donc sur les banques. C’est le problème qu’on a aujourd’hui. Quand le Parti dit que la révolution écologique a besoin de milliards, par exemple (voir le Plan climat du PCF3), il faut les prendre dans la BCE, à taux zéro. Et donc supprimer son autonomie
Quand j’ai commencé à travailler au CEA, il y avait des restes de tout ça. Je suis entré par chance, en 1963, parce que l’enquête policière n’a pas eu lieu, suite à un malentendu entre les services. Je me suis tout de suite syndiqué à la CFDT. Et je me suis vite retrouvé à la direction. En 1968, j’ai été reçu par le PCF des Bouches du Rhône. J’ai adhéré très vite. Nous avons créé des cellules clandestines à Cadarache. J’ai fait l’école du Parti. Je me suis vite retrouvé dans la commission « Science et société », avec Roland Leroy qui s’occupait aussi des questions culturelles (il a dirigé L’Humanité de 1974 à 1994), et René Le Guen qui fédérait les Ingénieurs Techniciens et Cadres (ITC). Tous deux étaient membres du bureau politique.
Au CEA, on m’a demandé de créer le laboratoire de radioécologie continentale spécialisé sur les eaux douces. Ce que j’ai fait. Il y avait déjà un labo de radioécologie marine à La Hague, dirigé par des sommités scientifiques incroyables, qui avaient tous fait de la résistance, même s’ils étaient de droite. Ils avaient soigné les premiers irradiés de la centrale nucléaire serbe de Vinca. Un accident de travail. Le CEA, ce n’était pas un lobby pronucléaire comme le disent les écologistes, mais un phénoménal instrument de recherche. Et Joliot-Curie s’est toujours battu pour avoir des laboratoires de biologie au top niveau. Et ce n’est pas un hasard si on vient d’inaugurer le plus grand scanner de cerveau du monde, dernièrement. Le CEA a encore de beaux restes !
J’ai été en contact avec le militantisme écologiste dès les années 1970. Il était nul sur le plan scientifique, assimilant le nucléaire civil au nucléaire militaire, voulant tout arrêter, ou affirmant que les travailleurs du CEA sont des électrofascistes. J’ai encore les numéros de la Gueule Ouverte. Et ça a duré ! C’était de la haine. Pour nous, le fascisme ça a un sens précis !
Et quand je vois ces mêmes écologistes, hier opposés aux fusées Pershing en Allemagne, et qui aujourd’hui votent les pires crédits que l’Allemagne ait voté, je demande : quel est le bilan ? Je suis plus fier du bilan du PC que du leur.
- Tu veux dire qu’il ne faut pas fabriquer de missiles ?
La course à l’armement à l’Ukraine n’a rien à voir avec l’aide à l’Ukraine, mais avec la course au taux de profit, à cause de la crise. En France, on demande 10 milliards d’économie aux gens, et on augmente les commandes à l’armée. On oublie que les Américains se fichent de l’Europe, et ne se soucient que de l’OTAN.
- Et l’énergie ? Les renouvelables sont en train de remplacer le nucléaire, et le charbon est stable, non ?
Ce n’est pas vrai ! Aujourd’hui le pays qui pollue le plus en Europe c’est la Pologne et après c’est l’Allemagne. Ils compensent l’arrêt du nucléaire par du charbon.
- Mais non, par du renouvelable
Ce n’est pas vrai, ça ne peut pas marcher. C’est faux. C’est scientifiquement faux !
- Alors les chiffres allemands sont faux ? Parce qu’ils montrent une stabilité du charbon
C’est le taux de profit qui fait investir dans les renouvelables : il est trois fois celui du nucléaire. En plus, le renouvelable marche à coups de subventions, ce qui n’a jamais été le cas du nucléaire, c’est notre facture qui a payé. Je suis pour l’énergie renouvelable, elle ne peut pas fonctionner seule. Négawatt4, ça ne marche pas ! Ce n’est pas un problème d’opinion politique, mais de physique
- Mais l’Ademe avait fait un scénario5 ?…
L’Ademe est trop favorable aux écologistes, depuis longtemps.
- Et les énergies renouvelables de stock ?
Tu as vu l’état des forêts françaises ? Nous sommes le pays qui pollue le moins, avec la Norvège
- Que faut-il faire alors ?
Il faut un mix énergétique renouvelable et nucléaire ; dans le renouvelable, le plus intéressant c’est l’hydraulique, puis l’éolien en mer, et loin derrière, les panneaux solaires. Et le nucléaire, parce que tu ne peux pas physiquement fonctionner avec une énergie intermittente. Autant je suis d’accord avec les écolos sur beaucoup de choses, autant sur l’énergie !
- Quelle quantité de nucléaire faudrait-il en plus ?
Il faut augmenter de manière très importante la production électrique. Et les réacteurs, sans les augmenter, peut-être de quatre ou cinq tout au plus.
Nous avons toujours été pour le renouvelable, et dans les années 1970 pour nous c’était l’hydraulique. Et que voit-on ? Les Verts s’opposent à un projet de lac, dans les Bouches-du-Rhône ! Dès que tu fais un trou pour faire un stockage d’eau, ils ne veulent pas ! Je ne parle pas des bassines qui sont une mauvaise idée. Aujourd’hui, si tu voulais faire Serre-Ponçon, les Verts ne voudraient pas.
- Oui c’est le genre de débat que les Verts peuvent avoir en interne, par exemple dans le cas du Lyon-Turin, certains veulent s’y opposer au motif de la croissance de la mobilité, et d’autres le soutenir au motif que ça permet de mettre les camions sur des trains
Ce n’est pas qu’ils sont en désaccord entre eux, c’est qu’ils sont antiécologiques. Nous, nous voulons un Turin-Madrid. Les camions, c’est la pollution, le pétrole, les accidents, le gâchis. La Suisse a bien fait ça. Et quand on veut des axes de train pour mettre les camions dessus, les écolos s’y opposent ! Et comme par hasard, PS-écolo-LFI, donc ce que j’ai appelé le réformisme. Aucun parti n’a fait un Plan climat, à chaque fois ce sont des associations ou des clubs. Et si tu le lis, tu verras que ce n’est pas un document technique, ni un texte ficelé. On a un grand succès, avec ce texte, je fais un débat par semaine. Mais ce qui m’affole, c’est le recul de la culture scientifique et technique. Langevin disait d’ailleurs, en 1945 : attention à une avant-garde perdue et une arrière-garde traînante. Il pensait respectivement aux scientifiques, et à ceux qui ne comprennent plus rien. Et quand tu penses à la Covid et la bataille des gens de LFI contre les vaccins, et des écolos… Dans les bars, pendant les manifs, tu avais des LFI, des écologistes, des royalistes et des fachos ! Et des Gilets Jaunes. Je pourrais accumuler les exemples !
Mais il y a des points d’accord. Par exemple on dit qu’il faut réduire l’avion. Et on dit qu’il faut réserver la biomasse au kérosène. Et que fait le gouvernement ? Il vient de décider des programmes gigantesques de kérosène à partir de biomasse, pour doubler le trafic aérien. Voilà un point sur lequel on pourrait se mettre d’accord, pour sauver les forêts !
Je ne lutterais pas avec les écologistes contre le Lyon-Turin, mais j’irai s’il s’agit de lutter contre le grignotage des terres agricoles, par exemple
- La conquête de l’espace, n’est-ce pas une recherche un peu inutile, quand même ?
La conquête de l’espace à la Musk, oui : c’est le capitalisme. Mais regardons ce que la conquête de l’espace a amené à la médecine ! Alors oui, il faut envoyer des satellites ! Ce sont des progrès gigantesques. Sur la miniaturisation, également, dans le domaine de l’électronique. Si on ne voit pas ça, on confond tout, et on aboutit à de l’antiscience. Nous sommes pour le développement maximal des forces productives, c’est vrai, mais pas à n’importe quel prix !
C’est pareil pour l’industrie. Se battre pour des usines, aujourd’hui, c’est devenu « écologique » puisqu’il faut relocaliser. Mais les écologistes se battent contre les usines, par principe ! Et donc ils sont sans solution. Prenons un exemple concret. Fos-sur-Mer est une des plus grandes zones industrielles de France, avec notamment une aciérie, qu’on doit décarboner. Sinon, on pollue ailleurs ! Les écologistes laissent polluer ailleurs. Mais pour réindustrialiser, il faut de l’énergie. Le PCF soutient un projet d’usine de panneaux solaires, et une usine de fabrication d’hydrogène carburant ; ainsi que le développement du port. Le problème, c’est qu’il manque 30 à 40 % de l’électricité nécessaire pour que ça marche ! Ceci, parce qu’il y a peu de production en PACA, un peu comme en Bretagne, alors comment vont-ils faire ? Il faudrait des nouvelles lignes à haute tension. Les écologistes s’y opposent. Ils proposent de couvrir entièrement de panneaux solaires les deux étangs à côté, où les gens viennent se baigner ! La population est dans la rue.
Autre exemple : les bateaux de croisière arrivent avec 5000 voire 40 000 personnes, à Marseille, Toulon et Nice. On propose de les alimenter en électricité, pour qu’ils coupent leur moteur lorsqu’ils sont à l’arrêt ; et donc amener l’électricité du Tricastin [centrale nucléaire], à des bornes. Les écologistes s’y opposent !
Ce qui pose problème, c’est ce qu’on appelle « écologique », par exemple l’isolation des bâtiments ou la recherche… Les écologistes pensent qu’ils parlent au nom de la science, alors que c’est autre chose
- Je crois plutôt que c’est de l’ordre de l’ingénierie, pas de la science
Non, c’est du stalinisme – pas au sens de la répression, de l’autoritarisme, mais au sens où la science est instrumentalisée à des fins politiques. Il y a là un débat de fond, où on n’arrive pas à se faire entendre.
- Il y a une différence entre écologiste et écologue
Au début, non. Il a fallu corriger. D’ailleurs c’est nous qui avons corrigé, avec François Ramade6, qui était communiste. Au début, on se disait ingénieurs écologistes. Après, on s’est réuni à Montpellier dans les années 1980, Ramade doit s’en rappeler, et on a dit qu’on s’appellerait écologues. Ceci, parce qu’on ne voulait pas que la science soit instrumentalisée par les politiques. Quand je me présentais comme ingénieur écologiste au début, les écologistes disaient « ce n’est pas vrai ».
- … il est vrai que ça prêtait à confusion…
C’est eux qui faisaient la confusion. Et pourquoi ils disaient cela ? Parce que je travaillais à Cadarache. L’autonomie de la science est une question centrale, pour moi. Le PCF a réglé la question du stalinisme en 1966, au Comité central d’Argenteuil, avec Aragon et tant d’autres7. Et ce qu’il avait à régler, en particulier, c’est que le Parti n’a pas à mettre son nez dans le travail des scientifiques. Les scientifiques font leur affaire, et le parti doit juste faire en sorte que ses politiques ne soient pas en contradiction avec les données scientifiques avérées. C’est exactement l’histoire du Plan climat. C’est là que j’ai un désaccord fondamental avec les écologistes, parce que je ne veux pas que la science soit mêlée à la politique.
- A un moment, tu disais que les questions écologistes n’ont pas eu assez d’audience en interne… A cause de l’électorat ?
Pas seulement. J’ai conservé tous les CR des réunions. Dans les années 1968-1969, le Parti s’interroge. J’étais au Comité de Rédaction de Nouvelle critique, la revue des intellectuels du Parti8. Je fais un article sur l’écologie. On me dit qu’il ne sera pas publié, parce que « trop technique ». A l’époque l’écologie était dans l’air du temps en tant que science, pas en tant que politique.
Le Parti me dit : écris un livre. J’étais jeune, je me suis mis au travail. Ce sera Marxisme et environnement, publié en 1973 aux Éditions Sociales, que je signe sous mon pseudonyme, Guy Biolat. Le livre a été relu par le comité central, qui a validé. C’est une politique anticapitaliste qui s’appuie sur le marxisme. Engels parle déjà de la pollution atmosphérique par exemple, et la répartition de la pollution en fonction des lieux où ils travaillent : c’est toujours d’actualité, les pauvres sont plus pollués que les autres. On tire à 10 000 à l’époque. J’ai fait des débats pendant 2 ans, ça a fait discuter. C’était en 1973.
| « Les hommes ont dû, et doivent en permanence éviter les effets néfastes de leurs propres activités, et tenter d’utiliser toujours mieux la nature pour satisfaire leurs besoins. La question des rapports de l’homme avec son milieu est au centre des débats concernant l’environnement. Mais quel homme ? Dans le domaine de l’environnement, comme dans d’autres, une attitude scientifique impose de tenir compte de la nature des rapports des hommes entre eux. En partant de la situation française, ce livre met en évidence les principaux aspects de la question. L’intérêt soudain porté aux conséquences de l’activité humaine est un signe de plus, qui montre à quel point il est urgent que les rapports entre les hommes correspondent aux nécessités du développement des forces productives. Tout confirme que la crise de l’environnement n’est qu’un aspect de la société française en crise ». 4e de couverture de Guy Biolat, Marxisme et environnement, Éditions Sociales, 1973. |
On était le premier parti politique à parler d’écologie puisque mon livre a été écrit avant celui de René Dumont9. J’ai lu tous les livres de l’époque, Rachel Carson10 et autres. Je me suis d’ailleurs beaucoup inspiré de Barry Commoner11, qui était très proche de ce que disait le Parti. J’avais lu Buffon, Lamarck, Haeckel etc. L’écologie scientifique s’est développée à partir de 1900. Et j’amenais tout ça au parti. Ca intéressait. Haeckel est issu de ceux qui le précèdent, il a juste inventé le mot « écologie » et proposé une définition ; mais Haeckel est devenu nazi. D’ailleurs la bourgeoisie, que Darwin dérangeait, l’a utilisé pour appliquer aux humains les lois de l’écologie : la lutte pour la vie, la niche écologique etc. Et pour nous marxistes, les humains ce n’est pas ça.
- Heureusement !
Oui mais ce n’est pas ce que disent les écolos. Certains sont plus intéressés par les animaux que par les humains. Brigitte Bardot est plus proche du fascisme !
- Mais tu t’éloignes de nouveau…
Il y a eu beaucoup de batailles, dans le parti. Par exemple, sur les forêts, les combats d’André Chasseigne ou de Roland Leroy. Je suis allé en Corse spécialement contre la Montedison et les pollutions dans la Méditerranée12. Il y a aussi eu le communisme municipal, qu’on n’appelait pas « l’écologie ». Personne n’a fait l’inventaire de tout cela ! Il y a eu des batailles dingues avec le rapport de force qu’il y avait à l’époque, mais on ne l’appelait pas « bataille écologique ».
- Pourquoi n’avez-vous pas utilisé ce mot à la mode ?
J’étais plutôt pour utiliser le mot « écologie », mais évidemment pas pour appeler un parti, surtout pour le PCF qui voulait déstaliniser, à partir de la fin des années 1960. Alors j’ai proposé de parler « d’environnement », un concept plus global. On a mis sur pied une commission « environnement et cadre de vie ». Sont rentrés dans cette commission des scientifiques, dont le fameux Labeyrie13 que Juquin14 a promu, qui a été candidat du parti à Tours. Ils étaient naturalistes ou « écologistes » au sens « d’écologues ». En 1973-1974, la direction du Parti nous dit qu’il ne faut pas en rester là. Juquin est désigné pour prendre la direction de notre commission. On avait l’objectif d’un rapport pour le Comité central. Juquin a rédigé le texte et un Comité central dédié a eu lieu en 1976, sur l’environnement. Le titre retenu a été « Les communistes et le cadre de vie ».
Ensuite la commission s’est intéressée à l’énergie, et d’autres commissions : l’agriculture, les transports, le logement etc. a la fin de tout ça, on aboutit au Plan climat 2023.
Le bouquin de Dumont est sorti quelque temps après le mien. C’est un réformiste. J’ai discuté avec lui, c’est quelqu’un que je respecte. Mais il a eu l’idée de génie : parler « d’écologie ». Coup de pub magistral. La bourgeoisie s’est dit qu’elle faisait là une « bonne affaire ». Elle a soutenu Dumont, dans la presse notamment. On a donc retenu que le premier qui a parlé d’écologie, c’est Dumont.
- Ensuite il y a un creux, dans les années 1980…
Mais pas que là-dessus ! Les reculs du parti communiste, des Verts ou du PS, ce n’est pas sur une thématique qu’il faut la juger. C’est la bataille culturelle qu’on a perdue ! Sur l’écologie, la pauvreté et bien d’autres choses. Ce n’est pas le fait que le PCF n’ait pas réussi à mettre l’écologie à hauteur de son combat qui fait qu’il a reculé.
- Mais pourquoi le PCF n’a-t-il pas réussi à mettre l’écologie à hauteur de son combat ? A cause du contexte ? Ou de causes internes ?
Un peu des deux. Dans les années 1980, j’ai écrit un texte expliquant que le parti n’avait pas pris la mesure de l’enjeu. J’ai fait des dizaines d’articles. J’ai fait un second livre en 2013, une note pour la Fondation Gabriel Péri15. Je disais dans le Parti que notre pratique n’équilibrait pas assez l’exploitation des hommes entre eux et l’exploitation de la nature. Je vivais cette dernière dans mon travail d’écologue. Mais les autres, ce qu’ils vivaient, c’est la casse de leur travail. Alors on me répondait que les priorités étaient ailleurs. On en parlait, et il y avait des batailles, mais il fallait les choisir. Ajoutons que certaines questions étaient mal connues. On a découvert la pollution des sols plus tard, par exemple. Quand on a analysé les friches industrielles, les résultats ont été effrayants ! Les gens vivaient dans de telles conditions… Mais l’ambiance n’était pas à ça. Et l’extrême-droite a fait de la démagogie sur le sujet, s’appuyant sur le côté punitif des écologistes. Ainsi, pourquoi avoir chicané Fabien Roussel sur les barbecues ? C’est grave d’être dans l’anecdote, dans la situation actuelle. Ceci, alors que notre plan climat le dit clairement : il faut réduire la consommation de viande. On est complètement d’accord là-dessus ! Mais entre réduire la consommation de viande, et laisser croire que tout le monde peut manger la viande qu’il veut, c’est un mensonge. Parce que la bonne bidoche, ce n’est pas les pauvres qui la consomment ! Alors pourquoi les travailleurs n’auraient pas besoin de temps en temps de se faire un barbecue avec un bon steack ? Idéologiquement c’est catastrophique.
Autre exemple : on se bat sur les transports, les bus et les vélos, mais les écologistes sont tellement dogmatiques sur les pistes cyclables que c’est contre-productif. Quand je propose des vélos électriques, ils m’accusent de défendre le nucléaire. C’est des raisonnements sans intérêt. Ce sont des positions dogmatiques et donc punitives
- Pourquoi ce plan climat n’a-t-il pas été fait il y a 10 ans ?
Parce que ça fait 25 ans qu’on le mature, il suffit de consulter nos archives pour s’en rendre compte. Nous avons énormément écrit sur l’écologie. L’Huma aussi. Je trouve qu’il y a un ostracisme sur nos actions. Vrignon16 ne dit rien des communistes en matière d’écologie par exemple, mais ce n’est pas le seul : Keucheyan et Durand17 ne disent rien non plus. Et pourtant c’est le parti qui a le plus produit sur le sujet, si on inclut l’environnement, c’est-à-dire les transports etc. On a sorti des brochures en pagaille, sur les surgénérateurs par exemple. On avait des dizaines d’ingénieurs à EDF avec nous, un gros potentiel intellectuel. On a produit énormément. Amar Bellal a remplacé Hervé Bramy à la commission énergie, dernièrement, et a eu l’idée de faire ce plan climat, puisque tous les éléments étaient là, mais dispersés.
| Le Plan Climat du PCF (6 novembre 2023)18. Si l’on compare ce plan à d’autres existants, tels que Négawatt ou l’ADEME déjà évoqués, il se distingue par l’accent qu’il met sur la réindustrialisation bas carbone de la France, un service public de l’énergie avec les grands groupes (TotalEnergie, Engie, EDF) renationalisés. Il mise sur une forte relance du nucléaire, avec les énergies renouvelables, et une stratégie d’électrification généralisée. Il met aussi en avant de nouveaux droits pour les salariés, leur permettant d’intervenir dans la conception des biens et services. Il prévoit un volet de coopération internationale, pour aider les pays qui en auraient besoin à se décarboner, sans réinstaller de relation coloniale. A la différence de Négawatt qui mise beaucoup sur la biomasse, le Plan du PCF veut se servir de la forêt pour stocker du carbone et restaurer la biodiversité. Il ne néglige ni l’efficacité (transports publics) ni la sobriété (par exemple, exclusion des SUV et du métavers, promotion du vélo), qui permettent de réduire fortement la consommation finale d’énergie. Il différencie les changements en fonction des classes sociales et demande clairement un effort plus important aux plus riches. Il veut réduire fortement les émissions de méthane, en assurant à toutes et tous une alimentation de qualité. |
Il y a aussi eu les Assises de l’écologie, en deux éditions. D’abord Marie-George Buffet, avec Bramy, début des années 2000. J’ai tous les congrès et documents préparatoires, on voit bien comment la question se pose. Et lors du 39e congrès, en 2023, nous avons pris position sur l’anthropocène, et reconnu que le monde est marqué par homo sapiens. Nous n’avons pas pris parti pour le capitalocène, parce que ce n’est pas une époque géologique. Nous avons réaffirmé la lutte des classes et le dépassement du système capitaliste. Et nous avons ajouté que dépasser le capitalisme ne suffira pas à régler rapidement les questions fondamentales qui se posent sur l’avenir de l’homme et de la planète.
- C’est la première fois que ça apparaît comme ça dans votre production ?
Oui en effet.
1Luc Foulquier et Roland Charlionet, L’être humain et la nature, quelle écologie ? Manifeste pour un développement humain durable, Paris, Fondation Gabriel Péri, 2013.
2Le plan Langevin-Wallon, du nom de deux intellectuels proches du PC Paul Langevin et Henri Wallon qui ont présidé la « Commission ministérielle d’études pour la réforme de l’enseignement », renvoi à un projet global de réforme dans la continuité du Conseil national de la Résistance (CNR) pour démocratiser l’enseignement et du système éducatif français.
3https://www.pcf.fr/plan_climat_du_pcf
4https://www.negawatt.org/Scenario-negaWatt-2022
5https://librairie.ademe.fr/changement-climatique-et-energie/1548-mix-de-gaz-100-renouvelable-en-2050-.html
6François Ramade (né en 1934) est un ancien professeur émérite d’écologie et de zoologie à l’Université Paris-Sud, qui fut également président de la Société Nationale de Protection de la Nature. Auteur de nombreux ouvrages, en particulier de deux manuels destinés à la formation universitaire : Éléments d’écologie : écologie appliquée, action de l’homme sur la biosphère, Dunod, 2012, 1ère édition Ediscience 1973 et Éléments d’écologie : écologie fondamentale, Dunod, 2009, 1ère édition McGraw Hill, 1984.
7Roger Martelli, Une dispute communiste : le comité central d’argenteuil sur la culture (11-13 mars 1966), Paris, Éditions sociales, 2017.
8La Nouvelle Critique est une revue créée en 1948 par le Parti communiste français, qui disparaît en 1980. Voir par exemple Frédérique Matonti (2005), Intellectuels communistes, essai sur l’obéissance politique, La Nouvelle Critique (1967-1980), Paris, Éditions La Découverte.
9René Dumont (1904-2001), ingénieur agronome, a commencé sa carrière dans l’Indochine où il s’intéresse aux avantages comparés des cultures modernes et locales, conseille le gouvernement socialiste de Cuba avant de s’en éloigner, critique. Sollicité par le mouvement militant il devient le premier candidat écologiste à la présidence de la République. Il marque les esprits avec son pullover rouge et son verre d’eau, par lequel il met en garde contre les sécheresses à venir. Tiers-mondiste convaincu, il est l’auteur de près de 70 ouvrages, dont dont L’Afrique noire est mal partie en 1962 et L’Utopie ou la mort ! en 1973.
10Rachel Carson (1907-1964) est une biologiste marine et militante écologiste étasunienne, qui travaille sur les effets des pesticides dans les années 1950 et publie Silent spring (Printemps silencieux) en 1962, provoquant à terme l’interdiction du DDT. Le livre est traduit dès 1963 en français. Wildproject a publié une version actualisée en 2009.
11Barry Commoner (1917-2012) est un biologiste étasunien qui se présente à l’élection présidentielle de 1980 pour le Parti des citoyens. Il s’oppose à Paul R. Ehrlich, auteur de La bombe population (1968), à qui il reproche de trop mettre l’accent sur la population et pas assez sur les techniques capitalistes.
12En particulier les boues rouges rejetées dans la Méditerranée.
13Vincent Labeyrie (1924-2008), biologiste, résistant et animateur de la commission environnement du PCF, se présente comme candidat en 1976 à Tours, sur un programme d’écologie politique. Il est responsable du DEA d’écologie expérimentale aux Universités de Tours et d’Orléans de 1975 à 1985. Il anime la réflexion du PCF autour de l’écologie.
14Pierre Juquin (né en 1930) est normalien, professeur d’allemand en lycée. Il adhère au PCF en 1953 et est élu au Comité central en 1964. Il fait de nombreux voyages en RDA. Il se distingue en 1968 par une ouverture envers le mouvement étudiant. Élu député en 1968, il joue un rôle de premier plan dans l’alliance avec le PS. A partir de 1976, il est responsable de la section « cadre de vie-consommation » et collabore avec Vincent Labeyrie, qu’il soutient à Tours. Il est encore au premier plan politique lors de la victoire de la gauche en 1981. Mais à partir de 1984, il exprime de plus en plus de réserves, notamment sur l’URSS. Membre actif des rénovateurs, il démissionne du Comité central en 1987 et est exclu du PCF. Il se présente à l’élection présidentielle de 1988 avec le soutien du Parti socialiste unifié et la Ligue communiste révolutionnaire. Il obtient 2,1 % et participe à fonder l’Alternative Rouge et Verte en 1989. Avec d’autres, dont Isabelle Stengers et Frieder Otto Wolf, il publie Pour une alternative verte en Europe (La Découverte, 1990), qui évoque l’écosocialisme. Il adhère aux Verts en 1991, dont il est encore membre.
15Luc Foulquier et Roland Charlionet, Op. cit., 2013.
16Alexis Vrignon, La naissance de l’écologie politique en France. Une nébuleuse au cœur des années 68, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2017.
17Cédric Durand et Razmig Keucheyan, Comment bifurquer. Les principes de la planification écologique, Paris, La Découverte, 2024.