André Gorz, un écosocialiste trop écologiste ou trop marxiste ?
Céline Marty, philosophe, Université Paris-Est Créteil
Résumé : André Gorz est une figure française de l’écosocialisme, mais sa réception est bigarrée au sein des courants théoriques et pratiques des socialismes et de l’écologie politique. Sont discutées notamment ses positions sur les possibilités de luttes collectives au travail et de défense du milieu de vie, sur la transformation de la protection sociale avec la réduction du temps de travail et le revenu universel, ainsi que sur l’usage des techniques industrielles dans un projet écologiste décroissant. Par-delà son corpus, ces débats soulèvent des questions cruciales pour l’écosocialisme contemporain : quel usage émancipateur est-il possible de faire de l’organisation et des techniques de production issues du capitalisme industriel ? Sinon, comment s’en débarrasser et construire des moyens alternatifs ?
Mots clés : André Gorz, écosocialisme, marxisme, écologie, autonomie, industrie
Introduction
Nous revenons ici sur la réception équivoque d’André Gorz au sein des mouvements théoriques et militants socialistes et écologistes. Ses ouvrages sont diffusés et discutés en France, en Europe et aux États-Unis, des années 1960 à nos jours. Son œuvre incarne un écosocialisme clair, explicitement anticapitaliste et décroissant, fondé sur l’émancipation par l’autogestion du travail et des besoins, ainsi que la limitation de la production à une norme de sobriété choisie collectivement, pour garantir l’existence d’activités sociales et personnelles en dehors de la rationalité économique1. Pourtant, Gorz est jugé trop écologiste pour les marxistes parce qu’il négligerait les luttes au travail et trop marxiste pour les écologistes, parce qu’il garderait l’espoir de la réduction du temps de travail par l’automatisation – ce pourquoi Pierre Charbonnier propose d’ « oublier Gorz »2.
Gorz est une figure intéressante parce que sa réception n’est pas consensuelle : les syndicalistes et les écologistes qui se réfèrent à lui n’en ont pas la même représentation et n’en disent pas la même chose. C’est dû à l’évolution de son corpus : Gorz est de formation philosophique existentialiste marxiste, puis penseur du syndicalisme ouvrier et de l’autogestion au travail, ensuite pionnier de l’écologie politique, militant antinucléaire et décroissant, enfin critique postindustriel de l’idéologie du travail et de la société salariale pour libérer le temps de vie des rapports marchands et des pouvoirs institutionnels. Les théoriciens et militants socialistes et écologistes retiennent alors de son corpus les arguments qui servent leurs luttes actuelles, sans articuler nécessairement les dimensions socialiste et écologiste de son œuvre, parfois perçues comme successives et non synchroniques. Nous soutenons au contraire que toute sa critique du capitalisme est immédiatement écologiste car critique de l’aliénation des besoins par le contenu et le mode de production capitalistes ainsi que de ses techniques de production et de pouvoir sur les existences ; son écologie politique s’appuie sur la critique des fondements matériels du capitalisme ; sa critique de la société salariale conditionne le projet décroissant postindustriel, qu’il continue d’appeler socialisme.
Cette réception hétérogène nous renseigne sur l’écosocialisme lui-même, parfois rabattu à une seule de ses branches : soit le socialisme, soit l’écologisme. Il faut aujourd’hui penser leur articulation, aussi bien sur le plan analytique, pour comprendre la crise écologiste comme crise du capitalisme, de ses techniques et de ses modes d’existence, que sur le plan stratégique, pour unir les luttes ouvrières et écologistes, pour défendre un cadre de vie et une existence en dehors des rapports marchands. À travers l’analyse de la réception de Gorz, à l’aune (en partie) de la production théorique française contemporaine et de critiques qu’il ne pouvait connaître, nous voulons soulever des points encore en débat : la réduction du temps de travail et la valeur de l’autonomie au sein du marxisme, l’anthropocentrisme et le rôle de l’industrie au sein du projet écologique de transformation de la production.
André Gorz entre existentialisme, marxisme et écologie politique
Né en 1923 en Autriche, Gerhart Hirsch – devenu Gerhart Horst à 7 ans pour masquer sa judéité – part en Suisse à 16 ans ; il y découvre l’œuvre de Jean-Paul Sartre, commence à écrire une morale existentialiste, publiée 20 ans après, mais le récit de sa rencontre avec Sartre donne lieu en 1958 au roman autobiographique Le Traître signé André Gorz, que Sartre préface. Il y raconte son désir naissant de s’engager dans les luttes marxistes vives de l’époque, ce qu’il fait en 1959 dans l’essai La Morale de l’histoire qui analyse les formes contemporaines d’aliénation et la vocation révolutionnaire du prolétariat dans le contexte de l’après-guerre. Horst devient journaliste sous le pseudonyme de Michel Bosquet, à Paris-Presse, puis à L’Express jusqu’en 1964, qu’il quitte pour cofonder Le Nouvel Observateur : cette position de journaliste le rend attentif à la conjoncture politique, économique et sociale qu’il analyse pendant plusieurs décennies. En 1960, il entre aussi au comité de rédaction des Temps Modernes et échange avec des chercheurs et militants politiques et syndicaux internationaux, qu’il commente dans Stratégie ouvrière et néocapitalisme en 1964. Il se rapproche de la CFDT autogestionnaire, qui défend l’autonomie syndicale par différence avec la CGT sous tutelle du PCF, et de la « nouvelle gauche », pour un socialisme libertaire.
Au Nouvel Observateur, ses articles d’économie, puis d’écologie à partir de la fin des années 1960 font de lui une figure intellectuelle du mouvement écologique émergent, anticapitaliste et autogestionnaire, critique du pouvoir institutionnel sur les conditions d’existence, dans l’urbanisme et les transports, les loisirs et la consommation. Gorz organise alors la première rencontre de l’écologie politique avec le colloque du 13 juin 1972 qui réunit Herbert Marcuse, l’environnementaliste Edward Goldsmith, le haut-fonctionnaire européen Sicco Mansholt, le syndicaliste CFDT Edmond Maire, Edgar Morin et le haut-fonctionnaire Philippe Saint-Marc qui défend une protection étatique de l’environnement. En interaction avec Ivan Illich, Gorz développe une technocritique des outils de production, de consommation, de transport – l’article fameux de 1973 « L’idéologie sociale de la bagnole » – d’habitat, d’énergie ou de soin, qui imposent des « monopoles radicaux ». Dans ses 80 articles sur les techniques énergétiques critiques de l’industrie nucléaire, défendant la sobriété énergétique et les énergies renouvelables, il soutient une décroissance choisie de la production, fondée sur une sobriété collective et l’autolimitation des besoins et des efforts. Gorz cible la production capitaliste, copiée par le socialisme réel, plutôt qu’une société industrielle abstraite – ce que font Bernard Charbonneau, Jacques Ellul ou même Herbert Marcuse : ce régime d’accumulation illimitée du capital est incapable de tenir compte de la finitude des ressources productives et des externalités négatives sur les écosystèmes et les vivants. Gorz refonde alors l’idéal communiste, débarrassé du productivisme et de la bureaucratie, autour de valeurs écologiques et libertaires de satisfaction durable des besoins par une production décroissante de qualité, qui minimise son impact écologique. Il est progressivement marginalisé dans une rédaction qui opte pour le Parti socialiste et défend l’union de la gauche, alors que l’écologie s’organise à part pour les élections. Face au soutien total du journal à Mitterrand, les vives critiques de Gorz détonnent, aboutissant à son départ à la retraite anticipé en janvier 1983.
Dans ce contexte de répression politique des luttes ouvrières, de désindustrialisation, d’émergence d’un chômage durable et de victoire politique de la gauche, beaucoup s’interrogent sur les transformations du sujet révolutionnaire : dans Adieux au prolétariat en 1980, Gorz l’actualise en intégrant les mouvements sociaux écologistes et féministes. Il diagnostique une crise du mythe du prolétariat capable de se réapproprier les usines, alors que le pouvoir ouvrier a été détruit par les transformations techniques du capitalisme, mais l’émergence d’un néoprolétariat postindustriel, antiproductiviste, désireux de retrouver du pouvoir sur toutes les dimensions de son existence. En 1983, il s’installe dans l’Aude, s’éloigne de l’actualité politique et développe son œuvre d’essayiste en échangeant avec Jürgen Habermas et les écosocialistes Claus Offe et Rudolf Bahro. S’il dit ne plus renouveler son écologie3, il réaffirme son projet écosocialiste décroissant et autogestionnaire dans Capitalisme, socialisme et écologie en 1991 et dans l’article crucial « L’écologie politique entre expertocratie et autolimitation » de 1992 pour la revue Actuel Marx. Puisque le projet de décroissance se heurte à la centralité, sociale et existentielle, de l’activité de production ainsi qu’à l’objectif politique de maintien de l’emploi face au chômage, Gorz critique la centralité morale et sociale du travail qui empêche d’envisager de réduire le temps de travail. S’il montre les limites de l’autogestion de la production, il n’abandonne pas son idéal pour améliorer les conditions de travail mais lui ajoute l’« autogestion du temps », facteur d’émancipation vis-à-vis du marché et des institutions de la société salariale, condition d’une société écologique antiproductiviste, qui borne la rationalité économique, par la valorisation de la satisfaction autonome des besoins et des activités non-utilitaires. Pour la réaliser, Gorz défend d’abord la réduction radicale du temps de travail, puis la décorrélation complète de l’emploi, du revenu et de la protection sociale, par un revenu inconditionnel.
Les reproches marxistes : individualisme et libération du travail
Du côté sartrien, son œuvre est trop marxiste pour être articulée avec celle de Sartre – dont le marxisme est relativement peu considéré –, mais ce fondement existentialiste le discrédite dans les cercles socialistes. Des intellectuels et des militants syndicaux et politiques reprochent à Adieux au prolétariat d’abandonner l’émancipation au travail en acceptant la situation d’aliénation capitaliste, ce que confirmerait son soutien ultérieur au revenu universel – ce qui est complètement faux. La notion de « travail hétéronome » a été mécomprise, perçue comme un horizon indépassable de travail déqualifié, aliéné et opprimant, issu du taylorisme et de l’industrialisation, alors qu’elle désigne les activités de la production sociale que le sujet n’a pas, seul, le pouvoir de déterminer et de reconnaître comme siennes ; le désir d’autonomie et de temps par-delà l’emploi serait individualiste4, un repli sur la vie privée, à la merci des loisirs capitalistes, sans voir ses contraintes pour les femmes, cantonnées aux tâches domestiques5.
À l’époque de sa parution, le socialiste autogestionnaire Yvon Bourdet comprend pourtant que c’est à la « théorie du prolétariat que Gorz dit “Adieu” et non aux salariés »6 –la mission messianique du prolétariat chez les maoïstes et la sanctification du travail comme seul moyen de se réapproprier la totalité sociale. Gorz distingue deux fonctions du marxisme : une fonction critique d’analyse du capitalisme – qu’il garde – et une fonction qu’il qualifie de « prophétique » quand il l’abandonne dès 19757, relative à sa philosophie de l’histoire et à sa divinisation du prolétariat. Depuis les années 1970, Gorz articule les mouvements écologiques et ouvriers autour de valeurs et pratiques communes, parce qu’il constate leur indifférence commune. Alors qu’il pense tout d’abord avec son ami Brice Lalonde que le mouvement ouvrier devrait inclure ces nouvelles revendications, il suggère à partir de 1980 que c’est le mouvement lui-même qui est en crise, parce qu’il ne tient pas compte des aspirations des autres sujets révolutionnaires antiproductivistes. Gorz change de perspective stratégique : il montre les limites de l’utopie communiste de l’appropriation de la production par les producteurs associés et justifie la réduction du temps de travail avec le projet marxien du règne de la liberté par-delà le règne de la nécessité. Loin d’un abandon de l’espoir de libération dans le travail, pour une libération vis-à-vis du travail, Gorz maintient l’objectif d’amélioration des conditions de travail, mais l’articule à d’autres expériences d’autonomie vécue en dehors de la production sociale.
On a probablement projeté sur Adieux au prolétariat les jugements rétrospectifs à l’égard de la gauche de gouvernement, suspectée d’avoir abandonné la classe ouvrière par la désindustrialisation. Or, si Gorz est proche dans les années 1970 des idées de la CFDT et du PSU de Michel Rocard, c’est parce qu’ils portent tous des idées autogestionnaires distinctes de celles de la gauche communiste, sans qu’ils n’en aient le monopole, ni que Gorz n’adhère à leurs choix ultérieurs. Entre 1997 et 2007, il discute de la théorie marxienne du general intellect pour rendre compte du capitalisme immatériel et cognitif, avec les post-opéraïstes Toni Negri et Carlo Vercellone et la critique de la valeur de Moishe Postone, Robert Kurz et Anselm Jappe. Gorz se qualifie alors de « marxiste critique » ou « post-marxiste », qui discute Marx sans rompre ni avec le corpus, ni avec les mouvements sociaux et « les exclus, les persécutés et les exploités »8, qui sont « les sujets potentiels d’une alternative globale et non comme les déchets que la société du travail doit recycler et occuper de nouveau par tous les moyens »9 : par-delà les travailleurs, Gorz tient compte des exclus du système productif et des aspirations à ne plus exister que comme producteur-consommateur, sans acter la disparition des classes sociales et de la conflictualité politique.
Gorz abandonne-t-il le but de démocratisation du travail, au profit de celle de la consommation ou des activités autonomes, comme le soutiennent Thomas Coutrot10 et Alexis Cukier11 ? Il justifie l’impossible réappropriation subjective complète du travail social hétérodéterminé qui perpétue la société, qu’elle soit capitaliste ou écosocialiste autogestionnaire : chaque activité s’insère dans un système complexe d’approvisionnement et de débouchés, empêchant que chacun se reconnaisse comme l’auteur des finalités et des conditions de son travail, même dans une société écosocialiste autogérée qui organiserait une délibération collective qui s’imposerait ensuite comme choix à respecter. L’amélioration marginale des conditions de travail est possible, leur démocratisation est souhaitable, mais ne suffit pas à garantir au sujet l’autonomie de ses fins et moyens, ce pourquoi celui-ci est légitime à conquérir des activités autonomes par-delà. Cette analyse philosophique a été manquée par ceux qui lui reprochent d’accepter la situation capitaliste, ce que comprend bien Arno Münster12.
Les reproches écologistes : anthropocentrisme et industrialisme
Les fondements de l’écologie de Gorz sont existentialistes : il affirme ne pas défendre une nature sacrée ni même de « la Nature des naturalistes ni celle de l’écologie scientifique » mais le « milieu qui paraît “naturel” »13 au sujet, qui l’habite et lui donne du sens. Cette référence à une nature qui serait sacralisée témoigne-t-elle d’une représentation incorrecte de ce que pensent les écologistes de l’époque ? Ce jugement est certes rétrospectif puisque Gorz le formule en 1992 dans l’article « L’écologie politique entre expertocratie et autolimitation » dans lequel il expose son écologie politique anticapitaliste. Quels seraient les écologistes qui défendraient une nature sacrée ? Pas tant les militants antinucléaires, les Amis de la Terre ou les premiers candidats aux élections comme Brice Lalonde, mais peut-être plutôt les mouvements hippies, qui se revendiquent d’une anthropologie animiste découverte lors de voyages en Inde ou en Amazonie et qui pourraient délaisser l’action collective. Gorz utilise pour la première fois cette expression de « sacralisation de la nature »14 à propos de la critique illichienne de la médecine, pour préciser qu’elle ne vise pas à interdire toute intervention médicale au nom d’une nature biologique à garder immaculée mais plutôt à penser les formes d’aliénation qu’engendre l’institution médicale. Si l’expression peut sembler se référer à un homme de paille, Gorz l’utilise en tout cas pour préciser le fondement normatif de l’écologie dans un monde vécu, selon le concept husserlien de Lebenswelt pour désigner le monde dont le sujet fait l’expérience immédiate sensible, avant que celle-ci ne soit rationalisée et objectivée par l’écologie scientifique qui définit des stocks de ressources ou des limites planétaires. Le sujet est ancré dans une situation écologique qu’est son milieu de vie, ensemble d’éléments et de phénomènes écosystémiques comme culturels qui interagissent ensemble. Le sujet comprend qu’il y est attaché quand ce milieu de vie est mis en danger par des forces capitalistes et technocratiques qui tentent de le transformer à leurs fins : il engendre des « zones à défendre » pour maintenir le droit du sujet à rester dans le même monde. Gorz dit assumer une écologie qu’il appelle « anthropocentrée » parce que « seuls les êtres humains sont capables de poursuivre intentionnellement des fins qu’ils définissent eux-mêmes, y compris celle de sauver la biosphère des conséquences de leurs propres actions »15 : selon sa morale existentialiste qu’il expose à la même époque dans Fondements pour une morale, l’humain est la source de toutes les normes écologiques pour préserver son milieu de vie, parce que celui-ci ne peut en dicter de lui-même. Les critères objectifs de préservation d’un écosystème ne suffisent pas à fonder des valeurs morales que les sujets peuvent reconnaître comme étant les leurs et avec lesquelles guider leurs actions. On pourrait donc dire qu’il s’agit, non pas d’un anthropocentrisme normatif qui justifierait la toute puissance humaine et la domination sur son écosystème, mais un anthropocentrisme « méthodologique », critique au sens kantien, parce qu’il porte sur les conditions de possibilité des rapports épistémologiques et moraux que le sujet entretient avec son écosystème. C’est une forme d’humanisme qui ne présente pas l’homme comme la seule valeur ou la plus importante mais comme le seul sujet capable d’élaborer, reconnaître et d’endosser des valeurs dans ses actes. Dès lors, on peut dire que les données empiriques constituent une écologie scientifique qui informe sur les conditions matérielles d’existence, à partir de laquelle l’écologie politique construit alors un projet d’émancipation autour de valeurs et de pratiques destinées à les préserver. C’est une science descriptive et analytique des transformations de ces rapports et non un ensemble de principes au nom desquels les critiquer ou les transformer. Comme le souligne Fabrice Flipo, les « écologistes » se distinguent alors des « environnementalistes » – qui défendent les écosystèmes naturels à l’échelle locale, par des actions concrètes, prétendant ne pas faire de politique – en pointant les causes économiques, sociales et politiques de la destruction de la nature, pour proposer un projet alternatif de société16.
Ce faisant, Gorz se distingue de l’écologie du vivant de Bruno Latour, Philippe Descola, Vinciane Despret, Baptiste Morizot et Alessandro Pignocchi qui invitent à dépasser la bipartition entre l’homme et la nature pour penser un continuum entre tous les vivants, avec lesquels faire des alliances. Cela risque de négliger l’action et la responsabilité humaines dans la crise écologique ainsi que les rapports conflictuels qu’elle engendre – aussi en jeu pour reconnaître les intérêts des non-humains, contre les intérêts capitalistes et technocratiques. C’est pourquoi le géographe Élisée Reclus soutient que la nature ne peut jamais être pensée sans l’homme qui la façonne ; l’éducation écologique devrait passer par une confrontation directe avec toutes les formes de la nature pour empêcher le désir de l’exploiter17. Le socialiste libertaire Murray Bookchin se défend de tout « naturalisme sentimental »18 pour penser les forces par lesquelles l’humain transforme la nature. L’écologie politique gorzienne est l’interdiction culturelle de « certaines interventions dans les cycles naturels dont – à la différence d’autres espèces – la nature elle-même ne lui a pas interdit la possibilité »19, pour les communautés dont « l’activité économique détruit ou perturbe durablement le milieu ambiant et, de ce fait, compromet la poursuite de l’activité économique, elle-même, ou en change sensiblement les conditions »20 : elles doivent subordonner la raison économique aux normes écologiques et sociales.
Certains écologistes libertaires et écoféministes comme Maria Mies21, Aurélien Berlan et Geneviève Pruvost accusent Gorz d’être technosolutionniste parce qu’il proposerait d’industrialiser les besoins pour réduire le temps passé aux tâches productives en remplaçant le travail humain par des machines22 ; Fabrice Flipo lui reproche un espoir dans un communisme numérique de l’information et de la communication, aveugle à ses conditions matérielles et à son impact écologique23. Pourtant, Gorz pense, avec Illich, l’emprise des monopoles radicaux – institutions marchandes et étatiques –, sur les besoins et distingue les techniques-verrou aliénantes des techniques-carrefour potentiellement émancipatrices. Nous proposons plutôt de lire Gorz comme un défenseur de l’autogestion des besoins, qui pourrait être discuté aujourd’hui en dialogue avec les théories écoféministes de la subsistance, même si ce dialogue n’a pas eu lieu de son vivant. En effet, ils s’accordent sur l’analyse généalogique du capitalisme comme dépossession des moyens autonomes de satisfaire les besoins, en « expropriant » le travail pour soi et le soin pour contraindre les individus au salariat, les séparer de leur consommation et leur faire produire plus et consommer plus24. En 1961, Gorz défend l’agriculture vivrière en Algérie et dans les pays en développement25, alors que le capitalisme colonial impose au tiers-monde une agriculture d’exportation mondialisée, contre les productions vivrières, garantes d’autonomie26 : il faudrait « permettre aux populations de produire leur subsistance avec des outils immédiatement productibles et utilisables sur place » – plutôt que de leur vendre les outils capitalistes – par des « politiques spécifiques donnant à la population la plus large l’accès aux moyens d’autoproduction (notamment à la terre) et donc à l’autoproduction elle-même »27. Dans les pays industrialisés où les besoins sont déjà aliénés, les luttes écologistes visent l’autogestion des besoins, contre leur privatisation et leur marchandisation.
Cela implique de se débarrasser des outils capitalistes : « la lutte pour une société différente » implique « la lutte pour des technologies différentes »28, donc « l’autogestion suppose des outils susceptibles d’être autogérés »29. Si Gorz illustre les « technologies ouvertes »30, distinctes des « technologies verrou », par les télécommunications et les ordinateurs – moyens de communication et donc de lien social – ainsi que par les cellules photovoltaïques –, outils de production et consommation d’énergies renouvelables, condition de l’autonomie vis-à-vis des énergies fossiles –, il rend leur effet émancipateur contingent : les technologies-verrou interdisent tout usage convivial tandis que des technologies-carrefour peuvent être mises au service d’un projet de domination ou convivial. « Il n’y a donc de déterminisme technologique que négatif » : certaines techniques dominent l’usager parce qu’elles impliquent la centralisation et la concentration du pouvoir de décision ou une division des tâches qui empêchent de partager le pouvoir. Les techniques ouvertes libèrent des dispositifs de pouvoir : ce sont des savoirs et techniques « en rupture avec la logique marchande et l’univers des grands appareils bureaucratiques ou industriels » comme la bicyclette, le chauffage au bois ou l’hygiène préventive, pour se défaire du règne de la marchandise et des professionnels, pour « faire soi-même, exister par soi-même, se définir par soi-même »31. Cette finalité émancipatrice de l’outil est conditionnée à un critère de taille, pour qu’il soit à compréhensible dans sa finalité, son fonctionnement et sa réparation. De plus, l’échelle locale constitue un niveau plus autonome d’action et de manipulation des outils, pour ajuster la production aux besoins et désirs. Cette déconcentration de la production serait facilitée par les outils de communication et d’automatisation de la « révolution micro-électronique » parce que les microprocesseurs pourraient être utilisés pour produire avec plus de précision, moins de pertes, moins de temps et d’efforts, dans des entreprises plus petites, installées partout sur le territoire32.
Émerge une question cruciale pour l’écologie politique : que faire des outils techniques industriels développés par le capitalisme pour ses propres impératifs de production ? Le développement des outils conviviaux part des outils actuels, soit ceux développés par le capitalisme, soit ceux délaissés, réhabilitables et transformables, mais peut-être encore dépendants des réseaux actuels d’approvisionnement ou de production. Les premiers, développés par le capitalisme, à des fins de contrôle de la main d’œuvre et d’économie du travail vivant – comme Gorz le justifie en 1973 dans Critique de la division du travail – peuvent-ils être repris dans un projet d’émancipation ? Est-ce paradoxal d’utiliser les techniques de communication ou d’automatisation pour déconcentrer et autogérer la production ? Berlan reproche à Gorz de retomber, avec Marcuse, « dans les ornières marxistes du rêve de délivrance par la technologie » en présupposant le maintien de « l’hétéronomie industrielle »33. Or, Gorz soutient que « la réappropriation des moyens de production et de travail suppose la fin de la méga-industrie, des méga-outils caractéristiques du fordisme »34, la fin des usines gigantesques de composants, au service d’une production de faible valeur d’usage, réparties sur un territoire immense. De plus, il valorise les outils et ressources qui évitent la consommation marchande et l’industrie, comme la terre crue, « matériau anticapitaliste par excellence », « matériau gratuit, dont la production n’exigeait que l’énergie des bras » pour remplacer le béton au fort coût énergétique et de transport35. Il défend des techniques qui s’appuient sur des cycles autorégulés, comme des « serres solaires recyclant tout ou partie de l’eau nécessaire aux cultures ; aquaculture ; fermes solaires et “arches de vie” permettant à des communautés rurales ou urbaines de produire toute leur nourriture sans autre apport extérieur que le soleil et l’air »36, réduisant le besoin d’intervention humaine. Il privilégie en outre l’outil collectif plutôt que l’équipement individuel, ce qui permet d’en réduire le volume.
Cependant, Gorz reste dans le schéma marxiste du développement linéaire des forces productives en affirmant refuser de retourner aux formes villageoises de l’artisanat précapitaliste et d’agriculture locale. La production sociale à grande échelle doit satisfaire des besoins collectifs d’un collectif, par l’usage de ressources communes et la participation de tous les membres du collectif – sans reproduire la production capitaliste mais au contraire en comblant ses manques, par une offre de qualité et économe en ressources. Cette production sociale planifiée réalise une offre basique de biens et d’outils, destinée au nécessaire et à une production individualisée « pour eux-mêmes, hors marché, le superflu, selon leurs goûts et désirs »37. Celle-ci représente la possibilité d’un complément par rapport à la production standardisée et non une contrainte impérative – comme dans une situation de crise où le jardinage, le bricolage et le troc seraient les seuls moyens de satisfaire les besoins. Ce superflu réalisé « dans les ateliers et coopératives de voisinage assurera l’expansion de la sphère de la liberté et le dépérissement des rapports marchands ; l’expansion de la société civile et le dépérissement de l’État »38, « forme avancée du socialisme » dans laquelle la société se passe de bureaucratie et de marché, en garantissant « assez pour tous » et les moyens de « façonner leur vie, de choisir ce qu’ils veulent faire et avoir en plus du nécessaire »39. Par la suite, Gorz affirme un communalisme d’autogestion des besoins : « j’oppose au couple marché + dirigisme non la planification administrative mais la réunification aussi large que possible des producteurs et des consommateurs à l’échelle des communes »40. Plus que de détailler les modalités de cette réorganisation des besoins, il importe à Gorz de réaffirmer que l’autonomie consiste aussi à pouvoir consacrer le minimum de ressources – énergétiques, économiques et temporelles – au nécessaire, matériel et social, pour dégager des espaces de liberté gratuits, destinés au superflu désintéressé. Berlan conteste cette préférence en y voyant une conception du labeur privé d’autonomie, branché sur l’appareil industriel41 ; alors que la subsistance peut apporter joie et créativité, pour une communauté qui autogère les besoins, les moyens et les fins. Le désir de délivrance des tâches domestiques ne serait pas anthropologique, mais spécifique aux dominants qui veulent se concentrer sur des activités de pouvoir, notamment celles intellectuelles, et se déchargent alors des tâches manuelles. L’idéal d’émancipation vis-à-vis de la nécessité serait élaboré par des intellectuels professionnels qui l’auraient priorisé par rapport à l’idéal de suppression de la domination sociale et politique, qui perdure dans la répartition actuelle des tâches de subsistance. Gorz ne nie pas qu’il soit légitime de rendre plus autonome la satisfaction des besoins, puisqu’il critique le capitalisme industriel qui l’aliène et montre l’autonomie conférée par les pratiques de subsistance que le capitalisme a déconstruites :
Je ne veux absolument pas dire que les gens étaient plus à l’aise financièrement ou plus heureux ou moins insatisfaits. Je tiens seulement à souligner le fait qu’ils étaient plus autonomes, plus autosuffisants et qu’il existait un lien direct entre ce qu’ils voulaient ou ce dont ils avaient besoin et ce qu’ils pouvaient faire42.
Son propos défend plutôt la pluralité des moyens d’autonomie : si les activités de subsistance peuvent en être une source pour certains, elles ne le sont pas pour tous et ce ne sont pas les seules. Par pluralisme, valorisation et coexistence d’une pluralité de modes de vie, Gorz articule une production sociale minimisée et une autoproduction indéterminée pour garantir la possibilité de pratiques gratuites, inutiles, désintéressées, de jeu, de temps social et de contemplation. Ce n’est pas refuser l’autonomie dans les activités instrumentales, mais défendre que l’humain n’est pas qu’un être de besoins. Gorz valorise la possibilité de l’autoproduction et non sa contrainte – la liberté des familles de choisir entre la place en crèche ou le congé parentalité, plutôt que se de voir imposer l’un ou l’autre. Le choix présuppose des organisations qui offrent diverses possibilités : il ne se fait pas ex nihilo, pure volonté libre, mais est conditionné par des offres institutionnelles, dont l’ampleur et les modalités sont variables. Dès lors, Gorz maintient la portée émancipatrice d’une division sociale du travail, sans reprendre celle capitaliste, pour ses effets : dégager des ressources, notamment du temps, pour des activités non instrumentales. Ce n’est pas un abandon de l’idéal d’autogestion des besoins mais une perspective de sa réalisation à l’échelle collective. Il reconnaîtrait à Berlan les formes d’autonomie possible dans les pratiques d’autoproduction, mais il montrerait aussi qu’elles continuent de dépendre d’infrastructures et d’outils qui résultent de toute façon, en l’état, d’une production sociale, à articuler de façon autonome avec d’autres pratiques.
Malgré ces précautions, Gorz continue de parler de « techniques industrielles », d’automatisation ou de micro-électronique sans préciser leurs transformations concrètes, alors même qu’il a précisé dans Critique de la division du travail les finalités de domination des techniques de production capitalistes. L’automatisation peut concerner certains services (la composition d’un numéro téléphonique, la pompe à essence, un distributeur bancaire, alimentaire ou pharmaceutique) sans impliquer que des robots ne remplacent l’humain dans tout. L’industrie peut désigner la production manufacturée de marchandises organisée par le capitalisme ou plus largement une production de biens par la transformation de matières premières ou de matières transformées, au moyen d’énergie : celle-ci n’est pas inventée par le capitalisme, a même été réalisée à grande échelle sous l’empire romain par exemple43 et perdure dans l’écosocialisme. Elle se distingue de l’artisanat par son destinataire – un collectif abstrait plutôt qu’une connaissance interpersonnelle. Dans les débats écologistes, « l’industrie » est parfois réduite à sa forme capitaliste, connotée négativement, ce qui empêche de penser ce qui pourrait en être fait dans un autre contexte. Actuellement dans les débats écoféministes alimentés par Berlan et Pruvost, l’idéal d’autonomie par la subsistance se concentre sur le secteur agricole : s’ils sont conscients de sa dépendance actuelle aux secteurs industriel et tertiaire, ils ne permettent pas d’en penser une émancipation à grande échelle. Serge Audier comprend que dans le projet autogestionnaire écosocialiste, même les unités de production et de décision à grande échelle – comme les « entreprises, communes, agglomérations, régions », sont régies par une « logique de décentralisation, de dissémination et de démocratisation généralisée », articulées par une planification démocratique pour en fixer la cohérence globale, qui n’implique pas une étatisation – soit un accroissement du pouvoir politique et administratif – mais une socialisation, réalisée par des coopératives, mutuelles et entreprises autogérées44. Dès lors, l’industrie, entendue dans un sens large, par-delà sa forme capitaliste, pourrait être aussi décentralisée pour être mieux maîtrisée et adaptée aux besoins locaux.
Par-delà le projet singulier de Gorz, concluons en pointant le problème central soulevé par ces débats : que faire des infrastructures matérielles développées par le capitalisme ? Quelle part démanteler, quelle part conserver en priorité et comment fournir les outils écologiques nécessaires à la transformation de nos modes de vie ? Comment les imaginer, les inventer et les diffuser ? Étudier les techniques conviviales délaissées par le capitalisme permet de concevoir les critères de cette convivialité (une ressource énergétique ou alimentaire gratuite, abondante, renouvelable, dispersée et autorégulée). Cependant, les technologies conviviales doivent être produites : si certaines sont aujourd’hui bricolées à partir de matériaux de récupération et d’outils préexistants, pour augmenter leur diffusion, leur efficacité conviviale et les rendre susceptibles de remplacer celles actuelles, il semble nécessaire de les planifier et de les produire à grande échelle45, sans reproduire les conditions capitalistes et en minimisant les risques de domination par les institutions. Cette question traverse les débats et les pratiques de l’écologie politique contemporaine, en matière de planification centralisée comme de subsistance46.
1Céline Marty, La philosophie de l’autogestion d’André Gorz : travail, écologie et temps de vie, Thèse de doctorat, Besançon, Université de Bourgogne Franche-Comté, 2023.
2Tweets du 9 février 2023 « Il faut oublier Gorz » et « On ne va pas disserter 100 ans la dessus. Mais la civilisation du temps libéré était un rêve fondé sur l’élimination des relations productives, comme si il fallait avoir honte de transformer le monde, et comme si l’émancipation allait en découler ». : https://twitter.com/picharbonnier/status/1623727044579172352
3André Gorz, « Où va l’écologie ? », Le Nouvel Observateur,14 décembre 2006.
4Denis Clerc, Alain Lipietz et Joël Satre-Buisson, La Crise, Paris, Syros, p. 121-122 et p. 143 – ce que Gorz qualifie d’« affligeantes âneries » dans une lettre à Alain Lipietz. Voir aussi Alain Bihr, Du « Grand Soir » à « l’Alternative », Paris, Ed. Ouvrières, 1991 ; Michel Husson (sous le pseudonyme Maxime Durand) « L’Autogestion ambiguë », Critique communiste, janvier 1992 ; Michel Husson, « Fin du travail ou abolition du salariat ? », Critique communiste, n°144, hiver 1995-1996.
5Maria Mies, Patriarchy and Accumulation on a World Scale. Women in the International Division of Labour, London, Zed Books, 2014.
6Yvon Bourdet, « André Gorz, Adieux au prolétariat », in Autogestions, 1980, 2-3, p. 377-379.
7Et non en 1980 avec Adieux au prolétariat :André Gorz, Écologie et politique, Paris, Arthaud, 2018, p. 259.
8Finn Bowring et André Gorz, « Afterword: A conversation with André Gorz », loc. cit., p. 189.
9Entretien avec Andrea Levy, réédit. André Gorz, Leur écologie et la nôtre, Anthologie d’écologie politique, Paris, Seuil, 2020, p. 65.
10Thomas Coutrot, Libérer le travail. Pourquoi la gauche s’en moque et pourquoi ça doit changer,Paris, Seuil, 2018, p. 109 et p. 135
11Alexis Cukier, Le Travail démocratique, Paris, PUF, 2018, p. 136.
12Arno Münster, André Gorz ou le socialisme difficile, Paris, Lignes, 2008, p. 45-46.
13André Gorz, Ecologica, Paris, Galilée, 2008, p. 49.
14Michel Bosquet, « Médecine : la santé selon Ivan Illich », Nouvel Observateur, 12 juillet 1975.
15Entretien avec Andrea Levy, Op. cit., p. 59.
16Fabrice Flipo, Nature et politique. Contribution à une anthropologie de la modernité et de la globalisation, Paris, Amsterdam Éditions, 2014, p.12.
17Élisée Reclus, « De l’action humaine sur la géographie physique. L’homme et la nature », La Revue des Deux Mondes, 15 décembre 1864, p. 762-771.
18Murray Bookchin, Notre environnement synthétique, tr. Denis Bayon, Lyon, Atelier de création libertaire, 2017, p. 33.
19André Gorz, Le fil rouge de l’écologie, éd. Willy Gianinazzi, EHESS, 2015, p. 43.
20André Gorz, Écologie et politique, op. cit., p. 266-267.
21Maria Mies, Patriarchy and Accumulation on a World Scale, op. cit..
22Aurélien Berlan, Terre et liberté. La quête d’autonomie contre le fantasme de délivrance, La Lenteur, Saint-Michel-de-Vax, 2021 et Geneviève Pruvost, La Subsistance au quotidien, Paris, La Découverte, 2024, p. 425.
23Fabrice Flipo, « André Gorz, de l’existentialisme au salut par les TIC. » Sens public, 2017.
24« Enteignung und Wiederaneignung der Arbeit », Archives André Gorz/IMEC/7/41.
25André Gorz, « Gaullisme et néocolonialisme », Les Temps Modernes, mars 1961, n°179.
26Michel Bosquet, « La faim du monde », Le Nouvel Observateur, 25 mars 1965.
27André Gorz, Les Chemins du Paradis, Paris, Galilée, 1983, p. 24-25.
28André Gorz, Écologie et politique, op. cit., p. 273-274.
29Ibid, p. 309.
30André Gorz, Ecologica, op. cit. p. 16.
31Michel Bosquet, « Écologie : l’archipel de la convivialité », Le Nouvel Observateur, 31 décembre 1979.
32Michel Bosquet « Une pastille contre le travail », Le Nouvel Observateur, 23 avril 1978 et « Informatique : quand l’ordinateur règnera », 22 mai 1978.
33Aurélien Berlan, Terre et liberté, op. cit., p. 131 et p. 133.
34« Entretien avec André Gorz », in Françoise Gollain, Critique du travail, La Découverte, Paris, 2000, p. 223.
35Michel Bosquet, « Architecture : demain la terre ? », Le Nouvel Observateur, 14 novembre 1981.
36Michel Bosquet, « Météorologie : alerte au climat », Le Nouvel Observateur, 24 mai 1976.
37André Gorz, Écologie et politique, op. cit., p. 52.
38Ibid, p. 313.
39Ibid, p. 53.
40André Gorz, « Du marché à l’état. Réponses à Cédric Philibert. », Autogestions, 1985, n°19, p. 49-50.
41Aurélien Berlan, Terre et liberté, op. cit., p. 133.
42« Technologie et logiques sociales de dépossession », texte sans titre de la conférence donnée à la Technische Hogeschool de Delft (Pays-Bas) le 13 février 1979. Tr. Françoise Gollain. LELN, p. 262.
43Dans l’Antiquité romaine, Lezoux et Graufesenque en France sont les plus grands centres de production de céramique qui rassemblent plusieurs milliers de potiers et des centaines de fours, capables de cuire plusieurs dizaines de milliers de pièces simultanément.
44Serge Audier, L’Âge productiviste, Hégémonie prométhéenne, brèches et alternatives écologiques, La Découverte, Paris, 2019, p. 660.
45Nicolas B et Anthony B, « Du système d à un projet de société : la low-tech au-delà du bricolage », Blog Ingénieurs engagés, novembre 2022, en ligne : https://ingenieurs-engages.org/2022/11/du-systeme-d-a-un-projet-de-societe-la-low-tech-au-dela-du-bricolage/
46Geneviève Pruvost, Quotidien politique, Op. cit., p. 313 : « Au rebours d’une solution consistant à déléguer les tâches manuelles à des populations sous-payées et à technologiser le reste, il s’agit de suivre la voie des arrangements en répartissant le travail manuel qui s’est sensiblement accru, sans se priver, d’un coup, de toutes les commodités de l’industrie ».